
Planisphère géopolitique et stratégique La Sibérie sauvera-t-elle la Russie ? Avec L. Spetschinsky
Comme chacun sait, la Russie est à la fois d’Europe et d’Asie, de part et d’autre de l’Oural. Au début du XVIIIe siècle, le tsar Pierre Le Grand entend rapprocher la Russie de l’Europe qui incarne alors la modernité. Il fait construire la ville de Saint Pétersbourg sur la baltique pour incarner cette dimension européenne de la Russie. Au début du XXIe siècle, Vladimir Poutine arrive au Kremlin, et depuis quelque temps déclare ne plus avoir besoin de l’Europe. La Sibérie sauvera-t-elle la Russie ? Pour en savoir plus, Planisphère est heureux de recevoir à son micro Laetitia Spetschinsky, Docteure en relations internationales et chargée de cours invitée à l’Université catholique de Louvain, en Belgique. Chercheure associée à l’Institut autrichien des relations internationales. Laetitia Spetschinsky organise régulièrement une Master Class Géopolitique de l’Eurasie dont l’actualité est présentée sur le site www.skyls.eu.
Cette émission a été enregistrée le 29/09/2025 et diffusée le 25/11/2025. Planisphère est une émission de RND et RCF, produite par Pierre Verluise, reprise en podcast sur Diploweb.com avec en bonus une synthèse rédigée à l’adresse https://www.diploweb.com/Planisphere-La-Siberie-sauvera-t-elle-la-Russie-Avec-L-Spetschinsky.html
Extrait de la synthèse rédigée:
"La Russie, partagée entre l’Europe et l’Asie, nourrit une éternelle interrogation : est-elle européenne, asiatique, ou une synthèse des deux ? Depuis Pierre le Grand, qui au XVIIIe siècle fit construire Saint-Pétersbourg pour incarner l’ouverture européenne, jusqu’à Vladimir Poutine, qui affirme désormais le décrochage de la Russie à l’égard de l’Europe, le balancier entre l’Ouest et l’Est reste une constante. Aujourd’hui, un pivot assumé vers la Sibérie et l’Asie se dessine, mêlant ambitions politiques, besoins économiques et stratégies militaires.
Depuis la dynastie des Rurikides et Ivan le Terrible, qui lança l’expansion vers la Sibérie, la Russie oscille entre rapprochement et détachement vis-à-vis de l’Europe. Cette tension traduit une interrogation identitaire profonde, exprimée dans la littérature comme dans le discours politique : la Russie est-elle européenne ? En un quart de siècle de pouvoir, Poutine a écrit un nouveau chapitre, qui glorifie l’identité russe comme synthèse des deux mondes, mais avec une nouveauté : une volonté délibérée de déplacer durablement le centre de gravité du pays vers la Sibérie orientale afin non seulement de s’opposer à l’Europe, mais aussi de s’en décrocher structurellement.
Le pivot vers la Sibérie ne date pas de la guerre en Ukraine : il prend racine dans la seconde moitié des années 1990 sous l’impulsion du ministre E. Primakov, puis s’accélère avec le discours de V. Poutine à Munich (2007) et surtout après l’annexion illégale russe de la Crimée (2014). Plus récemment, le politologue Sergei Karaganov a clarifié la dimension existentielle de cet impératif stratégique : il exhorte le peuple russe à retrouver en Sibérie ses racines vitales pour garantir la survie de la nation. Tout ceci est significatif, mais l’essentiel se situe au niveau économique et logistique.
Cette impulsion est dirigée par l’État, fidèle au modèle d’une Russie où les grandes orientations viennent « d’en haut ». Depuis 2018, l’impulsion politique s’accompagne de mesures d’incitation concrètes : des mesures fiscales, sociales, foncières sont mises en place pour attirer les citoyens et les entreprises vers l’immensité sibérienne. La pandémie de COVID-19 a interrompu en 2020 cet élan, mais la relance de la guerre russe en Ukraine l’a replacé depuis 2022 au-devant des priorités. (...)"
Lire la suite de la synthèse rédigée à l’adresse https://www.diploweb.com/Planisphere-La-Siberie-sauvera-t-elle-la-Russie-Avec-L-Spetschinsky.html
