
Planisphère géopolitique et stratégique Désordres et manipulations de l’information : comment y voir plus clair ? Avec C. Debiève
Nous vivons actuellement un nouvel épisode d’un grand classique : les manipulations de l’information. Mais, quelles sont leurs nouvelles formes ? Et comment caractériser l’espace informationnel aujourd’hui ? Et pour demain, est-il encore possible de rester optimiste et de mettre en place des solutions ? Pour dialoguer à propos des désordres et manipulations de l’information, Planisphère a le bonheur de recevoir Chloé Debiève.
Après plusieurs années à se spécialiser sur les enjeux informationnels dans le secteur public, Chloé Debiève a créé en décembre 2025 sa structure dédiée. Son objectif : accompagner et sensibiliser, et ainsi mieux lutter contre les manipulations de l’information. Chloé Debiève est conférencière et consultante dédiée aux enjeux informationnels. Planisphère est une émission de RND et RCF, produite par Pierre Verluise, reprise en podcast sur Diploweb.com avec en bonus une synthèse rédigée . Cette émission a été enregistrée le 15/12/26 et diffusée le 24/02/26.
Extrait de la synthèse rédigée
Les manipulations de l’information ne sont pas une nouveauté historique, mais elles prennent aujourd’hui une ampleur et des formes inédites. À l’ère des réseaux sociaux, de l’économie de l’attention et de l’intelligence artificielle, l’espace informationnel est marqué par une surcharge de contenus, une personnalisation extrême et une confusion croissante entre le vrai, le faux, l’opinion et le fait. Invitée de l’émission Planisphère, Chloé Debiève, conférencière et consultante spécialisée dans les enjeux informationnels, propose une grille de lecture de ce chaos informationnel, en analyse clairement les risques pour nos sociétés démocratiques et partage des pistes pour mieux s’y orienter.
Chloé Debiève commence par déconstruire une idée reçue : la manipulation de l’information n’est ni nouvelle, ni simple. La désinformation, la guerre de l’information et l’usage stratégique des récits existent depuis longtemps. Ce qui change aujourd’hui, ce sont les échelles et les modalités.
Elle rappelle que :
. la désinformation correspond à une information fausse, diffusée en connaissance de cause,
. il existe aussi des informations vraies sorties de leur contexte ou détournées pour induire en erreur et/ou nuire, qualifiables de malinformation,
. et des informations fausses relayées sans intention de tromper ni malveillance, on parle alors de mésinformation.
Réduire le problème aux seules « fake news » masque la diversité des mécanismes en jeu. Pour comprendre l’ampleur du phénomène, il faut saisir ces multiples visages de la manipulation informationnelle.
L’espace informationnel contemporain se caractérise d’abord par une surcharge massive d’informations. Par le biais des smartphones, des réseaux sociaux et, désormais, de l’intelligence artificielle (IA), nous sommes exposés à un flux continu de contenus. Chloé Debiève reprend l’image d’un amas de « boue numérique » (aussi appelé « slop ») : un mélange de contenus souvent futiles, redondants, de qualité très inégale, qui nous inonde en permanence. Cette saturation rend difficile la prise de recul, favorise l’épuisement cognitif et rend plus compliquée la hiérarchisation de ce qui est important. Nous avons du mal à nous extraire de ce flux continu, à couper, à reprendre la main sur notre temps et notre attention. (...)
Chloé Debiève insiste sur un point qu’elle juge particulièrement inquiétant : la disparition progressive de plusieurs frontières essentielles.
. La frontière entre vrai et faux se brouille : certains considèrent que la vérité n’est qu’une opinion parmi d’autres.
. La frontière entre cible et acteur s’estompe : nous sommes à la fois exposés aux contenus et relais potentiels, par nos partages, commentaires, likes.
. La frontière entre opinion et fait se dilue : la croyance et la perception peuvent prendre le pas sur la recherche de la vérité. (...)
