
Planisphère géopolitique et stratégique Pourquoi l’Arctique devient-il stratégique ? Avec J. Bachelier
Longtemps relégué à la périphérie des préoccupations stratégiques, l’Arctique a bénéficié d’une forme d’« exception polaire » tacite, garantissant à la région une stabilité relative. Cet espace, perçu comme marginal, scientifique et coopératif, semblait durablement éloigné des grandes rivalités de puissance. Pourtant, dès 2017, la Revue stratégiquedu ministère des Armées identifiait déjà l’Arctique comme un possible « espace de confrontation ». L’évolution récente du contexte international lui a donné raison. La relance de la guerre russe en Ukraine en 2022 a profondément bouleversé les équilibres géopolitiques et mis fin à l’exception arctique. En juillet 2025, la France publiait sa Stratégie de défense pour l’Arctique. Quelques mois plus tard, en janvier 2026, le président des États-Unis réaffirmait sa volonté de prendre, d’une manière ou d’une autre, le contrôle du Groenland, suscitant un moment de fortes tensions, y compris entre alliés au sein de l’OTAN. Pourquoi l’Arctique est-il devenu un espace stratégique à part entière, et comment la France entend-elle y jouer son rôle ? Pour le savoir, Planisphère reçoit à son micro Jérémy Bachelier. Podcast et synthèse rédigée.
Jérémy Bachelier, Capitaine de frégate, officier d’active de la Marine nationale. Il occupe actuellement les fonctions d’expert aéro-maritime au sein de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS), au titre desquelles il a travaillé à la préparation de la stratégie française de défense pour l’Arctique, publiée en juillet 2025. Il s’exprime en son nom propre. Cette émission a été enregistrée le 27/01/2026 et diffusée le 10/02/2026. Planisphère est une émission de RND et RCF, produite par Pierre Verluise, reprise en podcast sur Diploweb.com avec en bonus la synthèse rédigée complète sur Diploweb.com
Extrait de la synthèse rédigée
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Depuis plus de quarante ans, cet espace connaît une transformation environnementale rapide et profonde. Les données satellitaires disponibles depuis 1979 attestent d’une réduction de la superficie de la banquise de 10 à 12 % par décennie, ainsi que d’une perte moyenne d’épaisseur d’environ 30 cm par décennie. Ces évolutions modifient radicalement les usages de la région, en rendant accessibles des espaces jusqu’alors inexploitables, tant pour les activités économiques que pour l’accès aux ressources énergétiques et minières.
Historiquement, la gouvernance de l’Arctique reposait sur une logique de coopération, notamment au sein du Conseil de l’Arctique, centré sur les enjeux environnementaux et scientifiques. Le changement climatique a profondément bouleversé cet équilibre. L’ouverture progressive de routes maritimes et l’accès à des ressources stratégiques ont transformé l’Arctique en nouvel espace de compétition entre puissances. (...)
Pour la France, l’Arctique fait pleinement partie de sa profondeur stratégique, indissociable de la sécurité euro-atlantique. La Stratégie française de défense pour l’Arctique, publiée en juillet 2025, identifie quatre enjeux prioritaires.
Le premier est celui de la sécurité collective. En tant que membre de l’Union européenne et de l’OTAN, la France considère que toute agression contre un État nordique aurait des conséquences directes sur l’ensemble de ces organisations.
Le deuxième enjeu concerne la liberté d’action, qu’il s’agisse de navigation, de survol ou d’accès aux espaces communs. La France entend préserver sa capacité à opérer librement, tant sur le plan commercial que militaire.
Le troisième enjeu porte sur la sécurisation des ressources. L’Arctique recèle un potentiel important en hydrocarbures, minerais stratégiques et métaux critiques. La France souhaite éviter toute situation de dépendance ou de fait accompli, en sécurisant les chaînes d’exploitation et de transport.
Le quatrième enjeu porte sur la protection des biens et des personnes. (...)
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