
Planisphère géopolitique et stratégique Quel est l’apport de la cartographie dans la compréhension des crises complexes ? Avec D. Amsellem
Ce ne sont pas les crises géopolitiques qui manquent ! Mais quel peut être l’apport de la cartographie dans la compréhension de crises complexes ? La cartographie peut-elle devenir une aide à la décision ? Est-il possible de cartographier ce qui semble invisible comme la cyberguerre, voire la désinformation ? Pour répondre à ces questions, Planisphère a l’honneur de recevoir David Amsellem, Docteur en géopolitique (IFG) et associé chez Cassini Conseil, un cabinet spécialisé dans l’analyse géopolitique et la production de cartographies. Cette émission a été enregistrée le 13 mai 2025, diffusée le 2 septembre 2025. Planisphère est une émission de RND et RCF, produite par Pierre Verluise, reprise en podcast sur Diploweb.com avec en bonus une synthèse rédigée à l'adresse https://www.diploweb.com/Planisphere-Quel-est-l-apport-de-la-cartographie-dans-la-comprehension-des-crises-complexes-Avec-D.html
Extrait de la synthèse rédigée.
"La cartographie : un langage politique sous-estimé
Contrairement à l’idée reçue selon laquelle la carte serait un document purement objectif et neutre, David Amsellem insiste sur le fait que la cartographie est profondément politique. Chaque étape de sa création – du choix du fond de carte à celui des couleurs, des données sélectionnées aux échelles utilisées – implique des choix éditoriaux qui influencent la lecture du monde. Par exemple, représenter les États-Unis au centre d’une carte pour étudier la Guerre froide change radicalement la perception des rapports de force avec l’URSS, qui lui fait face, plutôt qu’un éloignement faussement naturel lorsqu’on observe ces deux pays avec l’Europe au centre de la carte. De même, les couleurs utilisées pour désigner des partis politiques, comme le noir jadis associé au Front national, véhiculent des messages symboliques puissants (en l’espèce, celui de la menace brune). La carte est donc un objet de représentation, porteur de sens et non un simple outil descriptif.
Un outil visuel de pouvoir et de stratégieLa carte, par sa capacité à simplifier et figer visuellement des informations complexes, devient un vecteur de pouvoir symbolique. Elle permet de transmettre des messages de manière immédiate et convaincante. Dans les guerres et les conflits, la cartographie de propagande illustre à quel point les représentations peuvent façonner les opinions. À l’inverse, une carte peut aussi être un outil de pédagogie, de sensibilisation ou d’alerte. Elle s’impose souvent plus facilement qu’un discours argumenté car elle repose sur un langage visuel universel. Cela fait de la cartographie un instrument redoutablement efficace pour structurer une pensée géopolitique et orienter les décisions.
De la donnée traditionnelle au Big Data : l’évolution du métier de cartographe
Le métier de cartographe a connu une mutation radicale avec l’avènement du numérique. Historiquement, les cartes reposaient sur des observations de terrain et des données recueillies manuellement par les géographes. Aujourd’hui, elles s’enrichissent de données massives, chiffrées, spatialisées et géoréférencées, issues de satellites, de GPS ou de bases de données en ligne. Cette évolution a donné naissance à une nouvelle discipline, la géomatique, qui conjugue informatique et géographie. Le cartographe moderne est ainsi devenu un analyste de données, capable de croiser, hiérarchiser et représenter des flux complexes d’informations pour les rendre lisibles. Cela le rend indispensable dans les domaines sensibles comme le renseignement, la sécurité, la logistique ou l’aide humanitaire.
Comprendre les crises complexes grâce aux changements d’échelleLes crises géopolitiques complexes se caractérisent par la diversité des causes (historiques, économiques, sociales, religieuses) et des acteurs impliqués, mais aussi par la multiplicité des échelles géographiques concernées. La cartographie permet de représenter ces crises de manière multiscalaire, en combinant les dynamiques locales et globales."
