
Planisphère géopolitique et stratégique Existe-t-il une géopolitique du sable ? Avec J. Bueb
Avez-vous déjà fait des pâtés de sable ? Et vous êtes-vous déjà demandé s’il est possible de faire une géopolitique du sable ? Parce qu’il s’agit d’un matériaux clé de la mondialisation, Planisphère pose la question à Julien Bueb , Docteur en économie de l’environnement. Il vient de publier « Géopolitique du sable » aux éditions Le Cavalier bleu. Cette émission a été enregistrée le 29/09/2025 et diffusée le 28/01/2026. Planisphère est une émission de RND et RCF, produite par Pierre Verluise, reprise en podcast sur Diploweb.com avec en bonus une synthèse rédigée complète
Extrait de la synthèse rédigée
"Le sable souvent associé à l’image des plages et des déserts, est en réalité l’une des ressources les plus stratégiques de notre époque. Matériau le plus consommé après l’air et l’eau, il est indispensable à la construction, aux technologies modernes et à de nombreuses industries. Dans son ouvrage « Géopolitique du sable », Julien Bueb explore les dimensions environnementales, économiques, sociales et géopolitiques de cette ressource en apparence banale mais essentielle à la mondialisation.
Le sable est massivement utilisé dans le BTP (béton, voiries, ballast, autoroutes), mais aussi dans le verre, les fioles médicales, la fibre optique ou encore la fracturation hydraulique. Chaque être humain consomme en moyenne 18 kilos de sable par jour. Cette demande colossale, bien supérieure à celle des métaux rares, met sous pression une ressource pourtant considérée comme abondante.
L’extraction du sable entraîne de nombreux impacts écologiques :
. Pollution de l’eau et de l’air, contamination aux métaux lourds.
. Affaissements de terrains et destruction d’écosystèmes.
. Érosion côtière et disparition de plages, accentuées par les prélèvements marins.
. Salinisation des nappes phréatiques, mettant en danger l’accès à l’eau potable et l’agriculture.
La moitié de la population mondiale vivant en zone côtière est directement exposée à ces risques, aggravés par le changement climatique. Sur le plan social, ces pressions créent de nouvelles vulnérabilités pour les populations locales.
La rareté et les réglementations croissantes favorisent l’émergence de réseaux illégaux. Les mafias du sable prospèrent, notamment en Inde, où elles vont jusqu’à pratiquer la corruption et parfois l’assassinat. La demande croissante des marchés émergents alimente ce trafic mondial et contribue à un système parallèle de fourniture pour les besoins du BTP.
Le sable ne fait pas directement l’objet de conquêtes territoriales, mais il sert d’auxiliaire stratégique. En mer de Chine méridionale, Pékin utilise le sable pour poldériser des récifs et construire des bases, renforçant ses revendications territoriales. De même, en draguant du sable près des îles taïwanaises, la Chine fragilise les territoires voisins tout en exploitant les ressources halieutiques.
Singapour illustre la puissance du sable comme outil de croissance : l’État insulaire a agrandi son territoire grâce à des importations massives, entraînant la disparition d’îles indonésiennes. Les Émirats arabes unis, quant à eux, ont bâti leur stratégie de soft power touristique (Palm Islands, hôtels de luxe) grâce à l’importation de sable australien, le sable désertique étant inadapté à la construction. (...)
Julien Bueb envisage trois scénarios pour l'avenir:
« Business as usual » : la consommation continue de croître (jusqu’à 60 milliards de tonnes par an en 2050), aggravant les désastres écologiques et sociaux.
La croissance verte : parier sur la technologie pour réduire l’empreinte matérielle, mais cette solution reste largement insuffisante.
La sobriété : repenser nos modes de consommation et de production, réduire la demande et interroger nos besoins réels, en intégrant une nouvelle manière « d’habiter la Terre »."
