

Bookmakers : le making-of de la littérature
ARTE Radio
Lecture, écriture, style : Bookmakers est un podcast littéraire qui propose d’écouter les écrivains et les écrivaines détailler leurs secrets d’écriture. C’est le récit d’un récit, les coulisses de fabrication d’un livre majeur dans la carrière d’un auteur ou d’une autrice, qui dévoile sa discipline, son rythme et ses méthodes de travail. C’est quoi, le style ? Comment construit-on une intrigue, un personnage ? Où faut-il couper ? Tous les deux mois, Bookmakers écoute les plus grands écrivains et écrivaines d’aujourd’hui raconter, hors de toute promotion, l’étincelle initiale, les recherches, la discipline, les obstacles, le découragement, les coups de collier, la solitude, la première phrase, les relectures… mais aussi le rôle de l'éditeur, de l’argent, la réception critique et publique, le regard sur le texte des années plus tard. Animé par Richard Gaitet, écrivain et homme de radio, le podcast Bookmakers détruit le mythe d’une inspiration divine qui saisirait les auteurs au petit matin. Il rappelle que l'écriture est aussi un métier, un artisanat, un beau travail. Bookmakers c’est le podcast d’un lecteur affamé de romans, d’essais, de contes, de poèmes, de pièces de théâtre, de bandes dessinées, de romans policiers, de nouvelles, de scénarios, de chansons, de sketchs, de traduction et qui dévore tous les genres avec gourmandise : fantasy, science-fiction, anticipation, polar, thrillers, aventures, récits de voyage, romans de gare, littérature érotique, épopées, odyssées, best-seller, page turners, chick lit, littérature expérimentale, histoire, roman épistolaire, philosophie, mangas, blogs, drame, autofiction, littérature documentaire, roman naturaliste, littérature jeunesse, fables, romans gothiques, romans d’aventures, roman noir, littérature d’espionnage, journaux intimes, biographies, mémoires, littérature du réel, journalisme gonzo, pamphlets ou littérature de contrainte. Il maitrise aussi l’art de l’interview, du silence, du tempo, de la question que personne n’a vu venir, de celle qu’on n’oserait pas poser, de l’hésitation fructueuse, de la remarque de dernière minute, de l’inspiration, de l’écoute, de la répartie, de l’envolée et du triple saut périlleux, mais toujours avec le sourire. Après avoir écouté Bookmakers, non seulement vous aurez une furieuse envie d’écriture, au point de vous mettre derrière votre clavier, voire de vous acheter un stylo neuf et une ramette de papier, mais vous ferez aussi la fortune de la librairie la plus proche de chez vous et la joie des bibliothécaires du voisinage car vous serez pris d’une irrépressible envie de lecture et vous constituerez chez vous des piles de livres à lire pour plus tard. Avec Bookmakers, Richard Gaitet fera de vous un lecteur ou une lectrice insatiable, un critique littéraire aux arguments aiguisés, un spécialiste capable de repérer les alexandrins cachés dans les paragraphes de prose, un athlète du verbe, un as de la note en bas de page, un corneur de page ou un adepte du marque page, un détenteur d’ex libris, un prescripteur ou une prescriptrice capable d’offrir ou de prêter le livre idéal pour chaque circonstance, un adepte de la citation automatique, un lecteur ou une lectrice qui saura naviguer de Daniel Pennac à Mona Cholet en passant par Chloé Delaume, Alice Zeniter, Justine Niogret, Mohamed Mbougar Sarr, Laura Vazquez, Natacha Appanah, Philippe Jaenada, Constance Debré, Bertrand Belin, Wouajdi Mouawad, Pierre Michon, Nancy Huston, Claude Ponti, Céline Minard, Jakuta Alikavazovic, Andre Markowicz, Laurent Chalumeau, Pierre Christin, Maria Pourchet, Alain Damasio, Nicolas Mathieu, Lola lafon, Dany Laferrière, ou Tristan Garcia. Bref, lecteur et non lecteur, lectrice et non lectrice, écrivain en devenir, autrice en germe, libraire dans l’âme, éditeur ou éditrice en devenir, bibliothécaire ou bibliophile, ce podcast est pour vous, un podcast qui vous chuchote la littérature directement dans vos petites oreilles.
Episodes
Mentioned books

Apr 23, 2021 • 42min
Sylvain Prudhomme :Sentiers en chantiers (2/3)
Sentiers en chantiers
Bookmakers #11 - L’écrivain du mois : Sylvain Prudhomme Né en 1979, Sylvain Prudhomme vit et travaille à Arles. Après une série de livres cosmopolites et expérimentaux dont nous parlerons beaucoup dans ce numéro, ce bref professeur de lettres est remarqué en 2014 avec « Les Grands », roman de deuil et d’amour en hommage au légendaire orchestre de Guinée-Bissau, le Super Mama Djombo. Son art du sensible se déploie ensuite autour des deux frères de « Légende » (2016) et le succès vient avec « Par les routes » (2019), hymne à la liberté d’un auto-stoppeur évanescent, influencé par les travaux de l’écrivain et plasticien Edouard Levé ; le roman décroche le prix Femina et s’écoule à près de cent mille copies. Traducteur d’une biographie de Pancho Villa, à son aise dans les forêts de l’Ariège autant que dans les salons de coiffure afro de Château d’Eau, Sylvain Prudhomme vient de publier un recueil de nouvelles écrites en confinement : « Les Orages ». En partenariat avec Babelio. (2/3) Sentiers en chantiers « Bien sûr il faudrait se lever, tenter quelque chose, une sortie, une bonne douche (…) Mais le drap est si doux. » En 2007, l’année de ses 28 ans, Sylvain Prudhomme a une bonne raison de sortir de son lit. Les éditions du Serpent à plumes publient son premier roman, « Les Mâtinées d’Hercule », écrit deux ans auparavant. Soit le monologue existentiel d’un narrateur un peu délirant qui, tout simplement, refuse de quitter son plumard et gamberge sous la couette à propos de l’amour, la mort, ses projets pour la journée qu’il abandonne non sans culpabilité, mais aussi de sa libido, de sa compagne baptisée « Pépée », des pantoufles de celle-ci, ou de son métier. Car ce zigue est ingénieur, vous vous rendez compte ? Ce patachon fabrique des propulseurs. Ce n’est pas rien. Mais Hercule se voit comme « un bon à rien, une sangsue des marais, un concombre de rivière inoffensif ». Formidablement absurde, aussi tendre que débraillé, ce texte est l’une des curiosités glanées dans la rivière des débuts méconnus de Sylvain Prudhomme. Suivront une virée en Tanzanie, « Tanganyika Project » (éditions Léo Scheer, 2010), qui dérive vite en laboratoire oulipien dans lequel il tente de « capturer » les rues ; « L’Affaire Furtif » (Burozoïque, 2010), sur l’épopée maritime d’artistes radicaux qui font sécession avec la société ; puis « Là, avait dit Bahi », « roman vrai » qui marque en 2012 son entrée dans la collection L’Arbalète de Gallimard, composé d’une seule phrase de 199 pages, après un mois en Algérie dans la cabine d’un camionneur septuagénaire. Tels sont les chantiers « un peu conséquents » et les sentiers enchantés de ce deuxième épisode. En route !
Enregistrement mars 2021 Entretien, découpage Richard Gaitet Prise de son, montage Sara Monimart Réalisation, mixage Charlie Marcelet Musiques originales Samuel Hirsch Saxophone Michaël Havard Lectures Christophe Brault Illustration Sylvain Cabot Remerciements Bintou Simporé et Benoît Thuault, pour l’utilisation des extraits du live de Sylvain Prudhomme avec Malan Mané et Djon Motta dans l’émission « Néo Géo » sur Radio Nova (26/11/14) Production ARTE Radio

Apr 23, 2021 • 49min
Sylvain Prudhomme : Au départ de ses routes (1/3)
Au départ de ses routes
Bookmakers #11 - L’écrivain du mois : Sylvain Prudhomme Né en 1979, Sylvain Prudhomme vit et travaille à Arles. Après une série de livres cosmopolites et expérimentaux dont nous parlerons beaucoup dans ce numéro, ce bref professeur de lettres est remarqué en 2014 avec « Les Grands », roman de deuil et d’amour en hommage au légendaire orchestre de Guinée-Bissau, le Super Mama Djombo. Son art du sensible se déploie ensuite autour des deux frères de « Légende » (2016) et le succès vient avec « Par les routes » (2019), hymne à la liberté d’un auto-stoppeur évanescent, influencé par les travaux de l’écrivain et plasticien Edouard Levé ; le roman décroche le prix Femina et s’écoule à près de cent mille copies. Traducteur d’une biographie de Pancho Villa, à son aise dans les forêts de l’Ariège autant que dans les salons de coiffure afro de Château d’Eau, Sylvain Prudhomme vient de publier un recueil de nouvelles écrites en confinement : « Les Orages ». En partenariat avec Babelio. (1/3) Au départ de ses routes Voici un drôle de garçon, solaire et humble, pudique et généreux – dont le premier texte achevé, à vingt ans et des brouettes, fut une étude méticuleuse du bigorneau, sur cent pages, en forme d’autoportrait non prémédité. Jamais édité, le texte semblait crier : vous allez voir ce que vous allez voir, ce matin calme où Sylvain Prudhomme se déciderait à sortir de sa coquille. On a vu ! Depuis 2007 et la sortie des « Mâtinées d’Hercule », voire depuis 2003 et le recueil de contes « du pays tammari » qu’il est parti recueillir avec des copains sur les montagnes du Bénin, ses livres se suivent et ne se ressemblent presque pas. À 42 ans, l’auteur itinérant de « Par les routes » – lauréat 2019 du prix Femina, près de cent mille exemplaires vendus – a déjà signé une dizaine d’ouvrages qui affirment, selon ses propres termes, son « goût du lointain, de l'utopie, des vies solitaires, des cabanes, des friches, des villes construites à la va-comme-je-te-pousse… et la réserve de possibles qu'elles offrent ». La « réserve ». L’expression reviendra plusieurs fois dans cette conversation, pour parler de toutes les histoires qu’il a encore en lui. Ce natif de La Seyne-sur-Mer (Var) compare aussi sa pratique de l’écriture à un « barrage » qui, à intervalles réguliers, doit s’ouvrir pour que s’écoule « le tumulte du fleuve » de ses perceptions, personnages et situations. Cette métaphore aquatique n’a rien d’un hasard, puisqu’une part notable de son imaginaire s’est constituée près d’un lac mythique, le Tanganyika, « terrain d’explorations, peuplé de bêtes et de héros », au cours d’une enfance africaine qu’il raconte ici pour la première fois – avant de rendre hommage à de grands maîtres-nageurs : Francis Ponge, Claude Simon et Valère Novarina.
Enregistrement mars 2021 Entretien, découpage Richard Gaitet Prise de son, montage Sara Monimart Réalisation, mixage Charlie Marcelet Musiques originales Samuel Hirsch Saxophone Michaël Havard Lectures Christophe Brault Illustration Sylvain Cabot Remerciements Bintou Simporé et Benoît Thuault, pour l’utilisation des extraits du live de Sylvain Prudhomme avec Malan Mané et Djon Motta dans l’émission « Néo Géo » sur Radio Nova (26/11/14) Production ARTE Radio

Mar 19, 2021 • 39min
Pierre Jourde : Absolutely Maréchalous (3/3)
Absolutely Maréchalous
Bookmakers #10 - L’écrivain du mois : Pierre Jourde Né à Créteil en 1955, Pierre Jourde vit et travaille à Paris. Romancier « complexe », poète aux haïkus « tout foutus », théoricien du « double » ou de « l’authenticité », ce rigoureux professeur de lettres n’est que « secondairement », dit-il, le critique impitoyable que Saint-Germain-des-Prés découvrit avec l’essai « La littérature sans estomac » (L’Esprit des Péninsules, 2002) récompensé par l’Académie Française. Sa reconnaissance fut aussi tardive que l’œuvre est prolifique. Pour se mettre en jambes, on lira d’abord son récit burlesque d’alpinisme amateur, « Le Tibet sans peine » (Gallimard, 2008), avant d’attaquer « Pays perdu » (L’Esprit des Péninsules, 2003, récit intime de son Auvergne « épique »), suivi du compte-rendu de la violente réception de ce texte, formulé dans « La première pierre » (Gallimard, Grand-Prix Jean Giono 2013). Les plus vaillant.e.s chemineront ensuite vers le déchirant « Winter is coming » (2017, ode au fils disparu) ou la somme de toutes ses obsessions : « Le Maréchal absolu » (2012). En partenariat avec Babelio. (3/3) Absolutely Maréchalous « Je n’ai pas voulu être aimé. J’ai voulu être craint, jalousé, admiré. J’ai voulu étonner. Mais qu’est-ce qui va rester ? » La plupart des textes de Pierre Jourde sont fondés, en grande partie, sur la présence du mal, incarné par un personnage diabolique, inquiétant, monstrueux. Et l’empereur définitif de son enfer littéraire trône en majesté dans son roman « Le Maréchal Absolu », publié en 2012 chez Gallimard. Une fresque maboule de 728 pages sur l’ivresse du pouvoir et ses dérives totalitaires, posée sur les épaules grabataires du Maréchal Alessandro Y, occulte président à vie de la république imaginaire d’Hyrcasie, « croquemitaine clownesque recroquevillé dans son royaume microscopique », « un port et quatre kilomètres carrés d’une vieille cité de tourisme, de corruption et de prédation », assiégé par la rébellion, mélange mi-cocasse mi-coriace du Kadhafi final et du « Père Ubu » d’Alfred Jarry. Empêtré dans un crépuscule grand-guignolesque, le tyran s’adresse à son dernier confident, le fidèle Manfred-Célestin, pour un monologue baroque et bouffon, un fleuve de paroles piégées, trouées par un savant pastiche de roman d’espionnage aux chausse-trappes permanents, constellé de sosies, de traîtres, de jumeaux et d’agents dormants. Pierre Jourde y accomplit la synthèse de ses recherches narratives et stylistiques, gorgée d’amples phrases précises et imagées, qui n’excluent pas des envolées pleines de gouaille qu’on croirait tirées des comédies de Bertrand Blier. Ce pari « absurde », si rare, est le résultat de dix-sept années de travail et de plans sans cesse recommencés. Mais ce roman ne fut lu, à sa sortie, que par 3200 curieux. Penchons-nous malgré tout, dans ce troisième et dernier épisode, sur l’obstination de ce « polygraphe fou », avant d’évoquer un livre d’une terrible tristesse : « Winter is coming » (Gallimard, 2017), bouleversant récit des onze derniers mois de son fils Gabriel, mort à vingt ans d’un cancer extrêmement rare. Dans l’un des derniers souvenirs rapportés, Pierre Jourde écrit : « Tu dors tranquille dans le hamac, le vent parfumé se glisse dans tes boucles. Tu agites la main derrière nous, avant de rentrer avec ta tante dans l’ombre de la maison. »
Enregistrement février 2021 Entretien, découpage, lectures Richard Gaitet Prise de son, montage Sara Monimart Réalisation, mixage, musiques originales Samuel Hirsch Guitare, claviers, drone Matthieu Lesenechal Illustration Sylvain Cabot Production ARTE Radio

Mar 19, 2021 • 45min
Pierre Jourde : Éperdu d’un pays (2/3)
Éperdu d’un pays
Bookmakers #10 - L’écrivain du mois : Pierre Jourde Né à Créteil en 1955, Pierre Jourde vit et travaille à Paris. Romancier « complexe », poète aux haïkus « tout foutus », théoricien du « double » ou de « l’authenticité », ce rigoureux professeur de lettres n’est que « secondairement », dit-il, le critique impitoyable que Saint-Germain-des-Prés découvrit avec l’essai « La littérature sans estomac » (L’Esprit des Péninsules, 2002) récompensé par l’Académie Française. Sa reconnaissance fut aussi tardive que l’œuvre est prolifique. Pour se mettre en jambes, on lira d’abord son récit burlesque d’alpinisme amateur, « Le Tibet sans peine » (Gallimard, 2008), avant d’attaquer « Pays perdu » (L’Esprit des Péninsules, 2003, récit intime de son Auvergne « épique »), suivi du compte-rendu de la violente réception de ce texte, formulé dans « La première pierre » (Gallimard, Grand-Prix Jean Giono 2013). Les plus vaillant.e.s chemineront ensuite vers le déchirant « Winter is coming » (2017, ode au fils disparu) ou la somme de toutes ses obsessions : « Le Maréchal absolu » (2012). En partenariat avec Babelio. (2/3) Éperdu d’un pays « Le public n’a pas réellement besoin de lire le livre qu’il a acquis. On s’emploie donc à lui fournir une image de littérature. » L’ouvrage qui sort Pierre Jourde de l’ornière s’intitule « La littérature sans estomac », publié en 2002 par L’Esprit des péninsules et dédié à son frère Bernard « qui connaît la bagarre ». Aussi drôle que sérieux, c’est un recueil d’analyses féroces de romans français contemporains, rédigées « sans volonté d’en faire un pamphlet », mais armées d’un agacement. Dans le milieu littéraire hexagonal, mon invité du mois constate que ce qui gravite « autour du texte » (le sujet abordé, la vie publique et privée de l’artiste, ses opinions, les prix reçus) passe « avant » le texte. Le style, la qualité des intrigues, des idées ou des personnages : tout ceci est secondaire et n’est souvent guère à la hauteur de la réputation de l’auteur.e. Pierre Jourde utilise alors son « arsenal universitaire » pour rétablir la justice, avec « un ton guilleret », en dénonçant – « en défonçant » conviendrait mieux – les « provocations prudentes » de Michel Houellebecq ou les répétitions délirantes de Christine Angot, en démasquant les faux rebelles, « ceux qui chantent faux », sempiternellement « au bord du gouffre », « en proie au vertige » ou « travaillés par le néant », obsédés par la respectabilité ou embourbés dans le pathos. Coïncidence : c’est aussi l’année où il se met à la boxe. Cette prolongation de « La Littérature à l’estomac » de Julien Gracq (1949), qui déplorait déjà ces paradoxes en parlant d’une course « de jockeys chevauchant des limaces », reçoit le prix de la critique de l’Académie Française. Il serait naturellement très excitant pour les auditeurs et auditrices de « Bookmakers » d’en savoir plus, mais nous n’allons pas vous donner ce plaisir. Pour trois raisons. D’abord, parce que Pierre Jourde a raconté cette histoire cent onze fois. Ensuite et surtout, parce que ce serait rejouer ici son drame artistique intime : le fait que son activité de « démolisseur de service », d’« ironiste » qui « cogne », éclipse son talent de romancier. Enfin, parce qu’il reconnaît lui-même que ce bouquin a « beaucoup de défauts ». Nous consacrerons donc ce deuxième épisode à sa véritable naissance en tant qu’écrivain, à 47 ans. Le temps d’un magnifique récit de deuil, « rude », lyrique et mythologique, sur ses origines rurales, situé dans un hameau du Cantal. Titre : « Pays perdu », publié en 2003 chez le même éditeur et écoulé au fil des rééditions à plus de vingt mille exemplaires, pour lequel ce disciple rugueux d’Alexandre Vialatte va « rompre la fiction du secret ». Des années plus tard, encombré d’une polémique doublée d’un malentendu qui lui reste sur l’estomac, il écrira : « C’était un livre qui avait honte d’être fier de ce qu’il décrivait. »
Enregistrement février 2021 Entretien, découpage, lectures Richard Gaitet Prise de son, montage Sara Monimart Réalisation, mixage, musiques originales Samuel Hirsch Guitare, claviers, drone Matthieu Lesenechal Illustration Sylvain Cabot Production ARTE Radio

Mar 19, 2021 • 40min
Pierre Jourde : Le premier Pierre (1/3)
Le premier Pierre
Bookmakers #10 - L’écrivain du mois : Pierre Jourde Né à Créteil en 1955, Pierre Jourde vit et travaille à Paris. Romancier « complexe », poète aux haïkus « tout foutus », théoricien du « double » ou de « l’authenticité », ce rigoureux professeur de lettres n’est que « secondairement », dit-il, le critique impitoyable que Saint-Germain-des-Prés découvrit avec l’essai « La littérature sans estomac » (L’Esprit des Péninsules, 2002) récompensé par l’Académie Française. Sa reconnaissance fut aussi tardive que l’œuvre est prolifique. Pour se mettre en jambes, on lira d’abord son récit burlesque d’alpinisme amateur, « Le Tibet sans peine » (Gallimard, 2008), avant d’attaquer « Pays perdu » (L’Esprit des Péninsules, 2003, récit intime de son Auvergne « épique »), suivi du compte-rendu de la violente réception de ce texte, formulé dans « La première pierre » (Gallimard, Grand-Prix Jean Giono 2013). Les plus vaillant.e.s chemineront ensuite vers le déchirant « Winter is coming » (2017, ode au fils disparu) ou la somme de toutes ses obsessions : « Le Maréchal absolu » (2012). En partenariat avec Babelio. (1/3) Le premier Pierre Pierre Jourde travaille, de son propre aveu, « dans l’agressivité ». En considérant souvent l’écriture « comme une guerre ». C’est le romancier des violences – rurales, esthétiques, métaphysiques – qui pèsent sur les corps et les esprits. Un boxeur assidu, dont l’idéal littéraire ressemble au noble art : un enchaînement de coups, d’esquives et de parades. Un spécialiste de l’incongru aussi, des géographies imaginaires ou des splendeurs sophistiquées de Huysmans, qui enseigna les lettres pendant plus de vingt ans à l’université Grenoble-III, après avoir été professeur dans des collèges de banlieue, de campagne, de cité minière. Sportif accompli, ce Parisien d’Auvergne affirme détenir un record : celui du plus grand nombre de manuscrits refusés en France, pendant vingt-trois ans ! Mais comment encaisser tant de refus, muscler sa persévérance ? Quel fut l’entraînement et la discipline initiale du futur auteur offensif de « La littérature sans estomac » (2002), de « Pays perdu » (2003) ou de « Festins secrets » (2005, prix Renaudot des lycéens) ? Dans ce premier épisode, Pierre Jourde revient sur les leçons de deux de ses coachs les plus illustres, qui l’ont marqué à vie : Marcel Proust et Jorge Luis Borges.
Enregistrement février 2021 Entretien, découpage, lectures Richard Gaitet Prise de son, montage Sara Monimart Réalisation, mixage, musiques originales Samuel Hirsch Guitare, claviers, drone Matthieu Lesenechal Illustration Sylvain Cabot Production ARTE Radio

Feb 19, 2021 • 31min
Marie Desplechin : Sainte Marie, dormez pour nous (3/3)
Sainte Marie, dormez pour nous
Bookmakers #9 - L’écrivaine du mois : Marie Desplechin Née en 1959 à Roubaix, Marie Desplechin vit et travaille à Paris. Elle écrit depuis près de trente ans des histoires tendres, drôles, inquiétantes ou magiques à destination de la jeunesse – parmi lesquelles, outre les incontournables « Verte » (1996) et « Le Journal d’Aurore » (2006-2009), on recommande avec force « Le Sac à dos d’Alphonse » (1993), « Babyfaces » (2010), « Sothik » (2016, avec Sothik Hok et les illustrations de Tian), « Enfances » (2018, avec les dessins de Claude Ponti) ou « La Capucine » (2020). Adaptée au cinéma, à la télévision ou en bande dessinée, collaboratrice occasionnelle de Robert Guédiguian (« Le voyage en Arménie », 2006) ou de Sophie Calle (« Prenez soin de vous », 2007), elle écrit donc aussi parfois – mais, chut, ne le répétez pas – pour les adultes. En partenariat avec Babelio (3/3) Sainte Marie, dormez pour nous Pour écrire, il faut dormir, selon Marie Desplechin. Si, si. En cas de blocage sur une phrase, une intrigue ou un personnage, la romancière recommande de faire la sieste vingt minutes ou deux bonnes heures afin de « laisser le cerveau avancer » dans ce qu’elle nomme avec amour son « jardin », paradis fleuri de ses souvenirs, de ses sensations et de son imagination, que cette mère de trois enfants visite et parcourt à loisir, depuis son fauteuil ou le secret de sa cuisine – « angoissée » à l’idée d’avoir un bureau, malgré de nombreuses tentatives. Cependant, dans le parc naturel de ses rêveries paisibles, il existe une serre ombragée qui lui inspire des sentiments mitigés. Celle qui abrite… ses trois livres pour adultes publiés aux éditions de l’Olivier, parfois couronnés de succès : le recueil de nouvelles « Trop sensibles » (1995) ainsi que ses romans « Sans moi » (1998, traduit en quatorze langues, cité pour les prix Goncourt, Femina, Médicis et Flore) et « Dragons » (2003). Comme elle nous l’explique dans ce troisième et dernier épisode : on ne l’y reprendra plus. Mais que s’est-il passé ? Pourquoi Marie Desplechin a-t-elle choisi par la suite d’affronter la littérature pour adultes, non plus seule mais à deux, pour cosigner, comme avec l’attachée de presse Lydie Violet, l’émouvant « La vie sauve » (2005, lauréat du prix Médicis essai, éditions du Seuil) ou avec la boxeuse Aya Cissoko, le frappant « Danbé » (2011, Calmann-Lévy) ? Sainte Marie, dormez pour nous.
Enregistrement janvier 2021 Entretien, découpage Richard Gaitet Prise de son, montage Sara Monimart Lectures Jennifer Anyoh, Stella Defeyder, Richard Gaitet, Delphine Saltel Réalisation, mixage Charlie Marcelet Musiques originales Samuel Hirsch Percussions Johan Guidou Illustration Sylvain Cabot Remerciements très spéciaux Sofia Girard-Bresson, Vadim Girard-Bresson, Joseph Hirsch, Lou Marcelet Production ARTE Radio

Feb 19, 2021 • 46min
Marie Desplechin : Derrière la porte « Verte » (2/3)
Derrière la porte « Verte »
Bookmakers #9 - L’écrivaine du mois : Marie Desplechin Née en 1959 à Roubaix, Marie Desplechin vit et travaille à Paris. Elle écrit depuis près de trente ans des histoires tendres, drôles, inquiétantes ou magiques à destination de la jeunesse – parmi lesquelles, outre les incontournables « Verte » (1996) et « Le Journal d’Aurore » (2006-2009), on recommande avec force « Le Sac à dos d’Alphonse » (1993), « Babyfaces » (2010), « Sothik » (2016, avec Sothik Hok et les illustrations de Tian), « Enfances » (2018, avec les dessins de Claude Ponti) ou « La Capucine » (2020). Adaptée au cinéma, à la télévision ou en bande dessinée, collaboratrice occasionnelle de Robert Guédiguian (« Le voyage en Arménie », 2006) ou de Sophie Calle (« Prenez soin de vous », 2007), elle écrit donc aussi parfois – mais, chut, ne le répétez pas – pour les adultes. En partenariat avec Babelio (2/3) Derrière la porte « Verte » C’est l’histoire d’une jeune fille au prénom bizarre qui découvre, dans un accès de colère contre sa mère, qu’elle est une sorcière, issue d’une puissante lignée de femmes solitaires aux marmites centenaires. C’est aussi un best-seller intitulé « Verte », publié en 1996 à L’Ecole des Loisirs, qui ensorcela à 37 ans la vie de Marie Desplechin et connaîtra deux suites : « Pome » (2007) et « Mauve » (2014). Mais de quel chaudron est sortie cette potion, qui raconte si bien ce moment-clé où, d’un coup d’un seul et sans baguette magique, les enfants ne supportent plus leurs parents ? À partir de quels affects composa-t-elle, ensuite, les trois tomes du « Journal d’Aurore » (2006-2009), condensé intime des élans du cœur et des désespoirs d’une ado « jamais contente » et « révoltée partout », comique alter ego de son autrice ? « Être proche de son enfance pourrait paraître infantile, souligne-t-elle avec ferveur, mais c’est évidemment l’inverse. Cette fontaine de créativité, de joie, leur capacité d’adaptation… sont de super-outils pour les adultes. » Revenons alors à la source et grimpons, pour ce deuxième épisode, dans le « grenier d’images » de cette tendre et prolifique conteuse, qui confesse s’appuyer presque autant sur le rage d’Eminem que sur l’écriture dépouillée de « Jules et Jim ».
Enregistrement janvier 2021 Entretien, découpage Richard Gaitet Prise de son, montage Sara Monimart Lectures Jennifer Anyoh, Stella Defeyder, Richard Gaitet, Delphine Saltel Réalisation, mixage Charlie Marcelet Musiques originales Samuel Hirsch Percussions Johan Guidou Illustration Sylvain Cabot Remerciements très spéciaux Sofia Girard-Bresson, Vadim Girard-Bresson, Joseph Hirsch, Lou Marcelet Production ARTE Radio

Feb 19, 2021 • 31min
Marie Desplechin : Où l’on apprend comment poussa la capucine (1/3)
Où l’on apprend comment poussa la capucine
Bookmakers #9 - L’écrivaine du mois : Marie Desplechin Née en 1959 à Roubaix, Marie Desplechin vit et travaille à Paris. Elle écrit depuis près de trente ans des histoires tendres, drôles, inquiétantes ou magiques à destination de la jeunesse – parmi lesquelles, outre les incontournables « Verte » (1996) et « Le Journal d’Aurore » (2006-2009), on recommande avec force « Le Sac à dos d’Alphonse » (1993), « Babyfaces » (2010), « Sothik » (2016, avec Sothik Hok et les illustrations de Tian), « Enfances » (2018, avec les dessins de Claude Ponti) ou « La Capucine » (2020). Adaptée au cinéma, à la télévision ou en bande dessinée, collaboratrice occasionnelle de Robert Guédiguian (« Le voyage en Arménie », 2006) ou de Sophie Calle (« Prenez soin de vous », 2007), elle écrit donc aussi parfois – mais, chut, ne le répétez pas – pour les adultes. En partenariat avec Babelio (1/3) Où l’on apprend comment poussa la capucine Elle dit qu’elle écrit souvent « avec une gamine de 9 ans dans la tête » et qu’elle n’est pas « tout à fait adulte ». Depuis 1993 et la sortie du « Sac à dos d’Alphonse », Marie Desplechin s’est imposée tranquillement comme la patronne enchanteresse de la littérature jeunesse hexagonale, recevant en décembre dernier le prix de « La Grande Ourse » pour l’ensemble de son œuvre au Salon du Livre de Montreuil. Deux générations de lecteurs – et ce n’est pas fini – lui doivent leurs premières émotions littéraires, via plus d’une trentaine de romans, contes, fables ou albums, illustrés ou non, où pullulent des lutins facétieux, des phacochères bavards, des maisons-champignons, des fées effrayantes ou une future championne d’athlétisme de la banlieue d’Amiens entraînée par un vigile de supermarché. L’Ecole des Loisirs, qui édite la quasi-totalité de ses ouvrages pour enfants, estime avoir vendu à ce jour 2,3 millions de livres signés Marie Desplechin, dont deux succès maousse costauds traduits dans plus de douze langues : « Verte », écoulé à 860 000 exemplaires, ou sa série « Le Journal d’Aurore » acclamée par (au moins) 267 000 personnes, grandes et petites. Un jour, cette ex-journaliste, fan transie des « Malheurs de Sophie » devenue l’humble héritière des leçons de « vérité » de la comtesse de Ségur, a noté : « L’enfance est une forêt profonde. » Dans ce premier épisode, promenons-nous dans les bois tantôt ténébreux tantôt lumineux de sa prime jeunesse, à Roubaix, au creux des années 60-70, où s’enracine et bourgeonne encore la meilleure part de son imaginaire, marquée par des nuits « d’angoisse » et des peurs « extraordinaires ». On y trouve une plante exemplaire, la capucine, qui lui offrit en 2020 le titre d’un roman d’émancipation ainsi qu’un possible autoportrait. « Les capucines sont des plantes robustes. Il ne faut pas se faire trop de souci pour elles. Elles savent se débrouiller seules. »
Enregistrement janvier 2021 Entretien, découpage Richard Gaitet Prise de son, montage Sara Monimart Lectures Jennifer Anyoh, Stella Defeyder, Richard Gaitet, Delphine Saltel Réalisation, mixage Charlie Marcelet Musiques originales Samuel Hirsch Percussions Johan Guidou Illustration Sylvain Cabot Remerciements très spéciaux Sofia Girard-Bresson, Vadim Girard-Bresson, Joseph Hirsch, Lou Marcelet Production ARTE Radio

Jan 27, 2021 • 1h 6min
Nicolas Mathieu : Leurs enfants après eux : avant, pendant et après (3/3)
Leurs enfants après eux : avant, pendant et après
Bookmakers #8 - L’écrivain du mois : Nicolas Mathieu Né en 1978, Nicolas Mathieu vit et travaille à Nancy. Il est l’auteur de deux romans publiés aux éditions Actes Sud, « Aux animaux la guerre » (2014) et surtout « Leurs enfants après eux » (2018), écrit en dix-huit mois, et qui lui rapporte le Goncourt. Il a depuis signé deux livres : une excellente novella noire de 77 pages, « Rose Royal » (éditions In8, 2019, « histoire d’une quinqua qui boit trop et s’est jurée que plus jamais un mec ne lui mettrait la misère ») et un livre pour enfants, « La grande école », soit les drôles et tendres pensées d’un père célibataire qui regarde pousser son petit garçon, illustré par Pierre-Henry Gomont (Actes Sud, 2020). En partenariat avec Babelio (3/3) Leurs enfants après eux : avant, pendant et après C’est un livre solaire, sensuel et brutal. Une histoire de bécane volée, d’ados « jeunes à crever » et d’amour à sens unique sous l’œil de fer d’un haut-fourneau éteint des Vosges. La tentative réussie, soignée, tendue, de « restituer », dans le bain des années 90, le sentiment d’abandon d’une population de « cocus de la mondialisation » souvent au bord de l’implosion, le temps de quatre étés décisifs, entre « monde finissant de la classe ouvrière » et « vies en devenir » qui bouillonnent de désirs – et, déjà, de désillusions. « Leurs enfants après eux », second roman de Nicolas Mathieu publié à la rentrée 2018 chez Actes Sud, traverse la « malédiction lente » de ce territoire armé d’une langue rapide, impure et vénère, qui brasse avec fougue argot et verlan, références populaires et punchlines nonchalantes, tout en conservant l’aplomb et le tranchant de ses maîtres franco-américains, mais sans virer à l’exercice de style, sans rouler des mécaniques – l’important, c’est le récit, toujours, riche en rebondissements, de la part d’un auteur qui dit avec joie avoir appris davantage en matant « Les Soprano » qu’en étudiant Tolstoï. Cela lui vaudra l’extrême-onction : le Goncourt, couronne qui, aujourd’hui encore, lui « pèse lourd ». Mais quelle fut sa discipline, pour un tel tour de force ? Comment travaille-t-il, lui qui « n’aime pas écrire, qui préfère avoir écrit ou réécrire », qui déteste « ce moment pénible où il faut arracher de la matière au vide » ? Lui qui, comme beaucoup d’entre nous, doit maintenant gérer aussi sa dépendance aux réseaux sociaux ? « Leurs enfants après eux » : avant, pendant et après, c’est maintenant. Le podcast Bookmakers devient une collection de livres ! Nicolas Mathieu, Alice Zeniter et Maria Pourchet nous dévoilent les coulisses de la fabrication de leurs œuvres. Comment travaillent-ils leur plume ? Ils nous détaillent leurs secrets d'écriture, de leur discipline, à leur rythme de travail. Une coédition ARTE Éditions / Points.
Enregistrement décembre 20 Entretien, découpage, lectures Richard Gaitet Prise de son, montage Sara Monimart Réalisation, musique originale et mixage Samuel Hirsch Guitare, trompette Fabien Girard Illustration Sylvain Cabot Production ARTE Radio

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Jan 27, 2021 • 41min
Nicolas Mathieu : Greffier de guerre (2/3)
Greffier de guerre
Bookmakers #8 - L’écrivain du mois : Nicolas Mathieu Né en 1978, Nicolas Mathieu vit et travaille à Nancy. Il est l’auteur de deux romans publiés aux éditions Actes Sud, « Aux animaux la guerre » (2014) et surtout « Leurs enfants après eux » (2018), écrit en dix-huit mois, et qui lui rapporte le Goncourt. Il a depuis signé deux livres : une excellente novella noire de 77 pages, « Rose Royal » (éditions In8, 2019, « histoire d’une quinqua qui boit trop et s’est jurée que plus jamais un mec ne lui mettrait la misère ») et un livre pour enfants, « La grande école », soit les drôles et tendres pensées d’un père célibataire qui regarde pousser son petit garçon, illustré par Pierre-Henry Gomont (Actes Sud, 2020). En partenariat avec Babelio (2/3) Greffier de guerre Entre 2005 et 2008, après une pelletée de petits boulots plus ou moins liés à l’écriture, Nicolas Mathieu devient à 27 ans une sorte de greffier industriel : son taf principal est de retranscrire tout ce qui se dit dans des réunions de comité d’entreprise au cours de liquidations ou de plans sociaux. Tôt le matin, l’auteur en devenir débarque alors – avec sa « tête de bobo » et son « petit ordi » – dans des usines du Nord de la France. « Il y avait une dramaturgie intense, les directions qui licencient et des ouvriers qui résistent. Un théâtre cruel, avec ses codes et sa langue brutale : des verbes comme “impacter”, “implémenter”, des expressions comme “je prends note”, formulées face à des mecs en bleu de travail, avec leurs grosses pognes et leurs chaussures de sécu, des braves types qui allaient peut-être perdre leur job. Je me suis vraiment plu en leur compagnie. Je retrouvais des allures, des paroles, des corps familiers : c’était mon père, mes oncles, leurs copains. » De ces retrouvailles adossées au regrettable crépuscule de la classe ouvrière, Nicolas Mathieu tire la matière d’un premier roman publié après quatre ans de travail acharné, dont il puise le titre dans une fable de La Fontaine. « Aux animaux la guerre » conte sur 450 pages la fermeture d’une usine de sous-traitance automobile des Vosges aux airs de « baleine échouée », la lassitude d’un syndicaliste pugnace en butte à de jeunes consultants parisiens aux « chaussures pointues » qui viennent « retailler l’organigramme », les combats d’une inspectrice du travail un chouïa alcoolo et les sévices d’un réseau de prostitution auquel est mêlé un ancien membre de l’OAS, qui fraye avec de violents margoulins... Dans le mille : son style ample et sombre est vite remarqué, le livre se vend au fil des années à 60 000 exemplaires et devient une série sur France 3 avec Roschdy Zem, Olivia Bonamy, Rod Paradot et Tchéky Karyo, qu’il co-écrit avec le réalisateur Alain Tasma. Ce qu’il nous raconte dans ce deuxièmle épisode en réglant son ardoise à l’un des patrons du polar français, Jean-Patrick Manchette (1942-1995), qui l’a aidé à établir « une position de tir ». Le podcast Bookmakers devient une collection de livres ! Nicolas Mathieu, Alice Zeniter et Maria Pourchet nous dévoilent les coulisses de la fabrication de leurs œuvres. Comment travaillent-ils leur plume ? Ils nous détaillent leurs secrets d'écriture, de leur discipline, à leur rythme de travail. Une coédition ARTE Éditions / Points.
Enregistrement décembre 20 Entretien, découpage, lectures Richard Gaitet Prise de son, montage Sara Monimart Réalisation, musique originale et mixage Samuel Hirsch Guitare, trompette Fabien Girard Illustration Sylvain Cabot Production ARTE Radio


