

Droit, culture et société de la Rome antique - Dario Mantovani
Collège de France
Juriste historien, Dario Mantovani est né en 1961 à Milan (Italie). Sa formation en lycée classique a préludé aux études de droit. Il a parcouru dans différentes universités italiennes (Trente, Parme) une carrière de chercheur et d'enseignant, avant de devenir professeur de droit romain à l'université de Pavie (à partir de 1997).
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Apr 7, 2021 • 48min
08 - L'équité. Histoire romaine du désir de justice
Dario MantovaniDroit, culture et société de la Rome antiqueCollège de FranceAnnée 2020-2021L'équité. Histoire romaine du désir de justiceParfois, les exercices scolaires, avec leurs paradoxes et leurs exagérations, peuvent aider à saisir des concepts complexes. C'est ce qui se produit avec les déclamations latines, courts discours nés dans les écoles de rhétorique. Elles représentent des voies pour s'approcher de la mentalité et de la culture romaines, et ont pour cela attiré toujours plus l'attention des chercheurs ces dernières années. La Déclamation mineure 261 (Declamatio minor) – œuvre de Quintilien ou de l'un de ses émules, écrite probablement à la fin du Ier ou au IIe siècle apr. J.-C. – discute une proposition de loi imaginaire, qui vise à redistribuer tous les biens entre les citoyens, pour rendre égaux les patrimoines (et empêcher ainsi toute tentative de s'emparer du pouvoir politique grâce à sa richesse). La déclamation nous accompagne dans une critique serrée de ce projet, jusqu'au point central : rendre égaux les patrimoines violerait la raison d'être du droit. Le droit naît précisément de la volonté de garantir à chacun la conservation de ses biens, ce qui est la fonction de l'équité. L'égalité est en revanche mise à nu comme un facteur contradictoire avec le droit. Proposer d'égaliser les patrimoines sert donc de contre-modèle pour faire émerger – aux yeux des Romains, mais aussi d'une longue tradition moderne, juridique, philosophique, historiographique – le lien archétypique entre droit et protection de la propriété privée.

Mar 31, 2021 • 1h
07 - L'équité. Histoire romaine du désir de justice
Dario MantovaniDroit, culture et société de la Rome antiqueCollège de FranceAnnée 2020-2021L'équité. Histoire romaine du désir de justiceParfois, les exercices scolaires, avec leurs paradoxes et leurs exagérations, peuvent aider à saisir des concepts complexes. C'est ce qui se produit avec les déclamations latines, courts discours nés dans les écoles de rhétorique. Elles représentent des voies pour s'approcher de la mentalité et de la culture romaines, et ont pour cela attiré toujours plus l'attention des chercheurs ces dernières années. La Déclamation mineure 261 (Declamatio minor) – œuvre de Quintilien ou de l'un de ses émules, écrite probablement à la fin du Ier ou au IIe siècle apr. J.-C. – discute une proposition de loi imaginaire, qui vise à redistribuer tous les biens entre les citoyens, pour rendre égaux les patrimoines (et empêcher ainsi toute tentative de s'emparer du pouvoir politique grâce à sa richesse). La déclamation nous accompagne dans une critique serrée de ce projet, jusqu'au point central : rendre égaux les patrimoines violerait la raison d'être du droit. Le droit naît précisément de la volonté de garantir à chacun la conservation de ses biens, ce qui est la fonction de l'équité. L'égalité est en revanche mise à nu comme un facteur contradictoire avec le droit. Proposer d'égaliser les patrimoines sert donc de contre-modèle pour faire émerger – aux yeux des Romains, mais aussi d'une longue tradition moderne, juridique, philosophique, historiographique – le lien archétypique entre droit et protection de la propriété privée.

Mar 24, 2021 • 52min
06 - L'équité. Histoire romaine du désir de justice
Dario MantovaniDroit, culture et société de la Rome antiqueCollège de FranceAnnée 2020-2021L'équité. Histoire romaine du désir de justiceParfois, les exercices scolaires, avec leurs paradoxes et leurs exagérations, peuvent aider à saisir des concepts complexes. C'est ce qui se produit avec les déclamations latines, courts discours nés dans les écoles de rhétorique. Elles représentent des voies pour s'approcher de la mentalité et de la culture romaines, et ont pour cela attiré toujours plus l'attention des chercheurs ces dernières années. La Déclamation mineure 261 (Declamatio minor) – œuvre de Quintilien ou de l'un de ses émules, écrite probablement à la fin du Ier ou au IIe siècle apr. J.-C. – discute une proposition de loi imaginaire, qui vise à redistribuer tous les biens entre les citoyens, pour rendre égaux les patrimoines (et empêcher ainsi toute tentative de s'emparer du pouvoir politique grâce à sa richesse). La déclamation nous accompagne dans une critique serrée de ce projet, jusqu'au point central : rendre égaux les patrimoines violerait la raison d'être du droit. Le droit naît précisément de la volonté de garantir à chacun la conservation de ses biens, ce qui est la fonction de l'équité. L'égalité est en revanche mise à nu comme un facteur contradictoire avec le droit. Proposer d'égaliser les patrimoines sert donc de contre-modèle pour faire émerger – aux yeux des Romains, mais aussi d'une longue tradition moderne, juridique, philosophique, historiographique – le lien archétypique entre droit et protection de la propriété privée.

Mar 17, 2021 • 59min
05 - L'équité. Histoire romaine du désir de justice
Dario MantovaniDroit, culture et société de la Rome antiqueCollège de FranceAnnée 2020-2021L'équité. Histoire romaine du désir de justiceParfois, les exercices scolaires, avec leurs paradoxes et leurs exagérations, peuvent aider à saisir des concepts complexes. C'est ce qui se produit avec les déclamations latines, courts discours nés dans les écoles de rhétorique. Elles représentent des voies pour s'approcher de la mentalité et de la culture romaines, et ont pour cela attiré toujours plus l'attention des chercheurs ces dernières années. La Déclamation mineure 261 (Declamatio minor) – œuvre de Quintilien ou de l'un de ses émules, écrite probablement à la fin du Ier ou au IIe siècle apr. J.-C. – discute une proposition de loi imaginaire, qui vise à redistribuer tous les biens entre les citoyens, pour rendre égaux les patrimoines (et empêcher ainsi toute tentative de s'emparer du pouvoir politique grâce à sa richesse). La déclamation nous accompagne dans une critique serrée de ce projet, jusqu'au point central : rendre égaux les patrimoines violerait la raison d'être du droit. Le droit naît précisément de la volonté de garantir à chacun la conservation de ses biens, ce qui est la fonction de l'équité. L'égalité est en revanche mise à nu comme un facteur contradictoire avec le droit. Proposer d'égaliser les patrimoines sert donc de contre-modèle pour faire émerger – aux yeux des Romains, mais aussi d'une longue tradition moderne, juridique, philosophique, historiographique – le lien archétypique entre droit et protection de la propriété privée.

Mar 10, 2021 • 45min
04 - L'équité. Histoire romaine du désir de justice
Dario MantovaniDroit, culture et société de la Rome antiqueCollège de FranceAnnée 2020-2021L'équité. Histoire romaine du désir de justiceQuel rapport existe-t-il entre droit à l'eau et droit de vote ? Et entre les catégories de la philosophie politique et les règles de coexistence établies par une communauté rurale d'une région périphérique de l'Empire romain ? Tout repose sur la dynamique entre équité et égalité.C'est encore Caton l'Ancien qui nous guide dans la compréhension du rapport entre ces deux notions, avec son propos qui les met en relation et quasiment en opposition. Ce cours examinera la seconde partie du propos catonien, dédiée à l'équité : c'est elle qui doit veiller à la distribution des distinctions sociales, en termes de renommée et de charges politiques, proportionnellement aux mérites personnels de chacun.Équité et égalité semblent toutefois entrer en contradiction : chaque citoyen – nous dit Caton – jouit de droits politiques égaux ; son poids politique varie pourtant en fonction de sa richesse (et de la vertu, entendue comme adéquation aux normes de comportements socialement acceptés). En réalité, c'est la structure des comices centuriates qui permet l'articulation entre égalité et équité, transformant les différences de richesse (et d'âge) en un poids différencié dans le vote. Égaliser serait – dit Cicéron, reprenant Platon – inique.Des siècles plus tard, ce même mécanisme se retrouve appliqué dans une zone rurale de l'Empire romain, l'Espagne citérieure, où un règlement qui définit les droits et les devoirs des bénéficiaires de l'accès à l'eau (la lex rivi Hiberiensis) se fonde sur les mêmes principes théorisés par la philosophie grecque, par Caton et par Cicéron : avoir plus d'accès à l'eau comporte davantage d'obligations d'entretien des canaux. Entre vie sociale et réflexion politique, la conception romaine de la justice se dessine et s'offre, en contrepoint, comme voie d'accès au lexique de la modernité.

Mar 3, 2021 • 52min
03 - L'équité. Histoire romaine du désir de justice
Dario MantovaniDroit, culture et société de la Rome antiqueCollège de FranceAnnée 2020-2021L'équité. Histoire romaine du désir de justiceL'équité est souvent employée comme un mot d'ordre capable de rectifier les déséquilibres inhérents à la société. C'est pourtant avec l'inégalité qu'elle a un rapport privilégié, plus qu'avec l'égalité. En tant que notion à laquelle on demande de rétablir une situation de départ qui a été altérée, ou de distribuer à chacun selon ses mérites, l'équité a souvent pour effet de reproduire les inégalités originaires et non de les corriger.La beauté de l'égalité et le dynamisme de l'équité sont au cœur d'une phrase marquante de Caton l'Ancien qui, au début du IIe siècle av. J.-C., décrit toute une vision de son monde idéal, capable à la fois d'intégrer dimension collective et élan individuel. Dans un premier mouvement, Caton nous présente ainsi les domaines de l'égalité, c'est-à-dire « le droit, la liberté et la chose publique », pour dessiner, dans un deuxième mouvement, le champ du mérite, la recherche individuelle « de la gloire et des honneurs », où l'égalité cède le pas à l'équité. Déconstruire ce propos nous entraîne dans un lexique politique d'une étonnante précision, grâce à l'un des protagonistes d'une société en train de s'affirmer comme un empire méditerranéen et de repenser ses propres hiérarchies internes.

Feb 24, 2021 • 53min
02 - L'équité. Histoire romaine du désir de justice
Dario MantovaniDroit, culture et société de la Rome antiqueCollège de FranceAnnée 2020-2021L'équité. Histoire romaine du désir de justiceFaute de la retrouver aisément sur terre, hommes et femmes se sont souvent employés à peindre la justice. Du philosophe stoïcien Chrysippe à Andrea Mantegna, en passant par les monnaies romaines, les images donnent corps au désir de justice et nous aident à saisir les contours des concepts. Un constat se dessine : bien qu'intimement liées, pour les Romains justice et équité sont deux idées distinctes, et les mots en gardent l'empreinte. Si justice se relie au droit (ius), à l'origine de l'équité se trouve l'adjectif aequus (-a / -um), qui signifie « uniforme », « plat » dans un sens horizontal. Aequus est donc doué d'une grande capacité métaphorique, déclenchée par l'idée d'équilibre, de « symétrie ». Cela se manifeste dans de nombreux domaines, notamment celui des poids, car aequus exprime bien la relation de correspondance (qui n'est pas forcément l'« égalité ») entre un objet et un autre. Les juristes romains s'en emparent – et la lecture de deux textes exemplaires nous fait entrer dans le vif de leur pensée –, car pour eux il s'agit également de compter et peser, pour retrouver un équilibre dans la société (politique), dont les conflits d'intérêt menacent de dissoudre les liens. C'est en parlant d'équité et de justice, que l'on saisit toute la vérité de ce propos : « comprendre une parole, c'est la faire comprendre à l'autre ».

Mar 11, 2020 • 53min
01 - L'équité. Histoire romaine du désir de justice
Dario MantovaniDroit, culture et société de la Rome antiqueCollège de FranceAnnée 2019-2020Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romainsObserver Rome au prisme de son droit : c'est l'objectif de l'enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani.Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d'un débat, d'un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s'il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n'est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement.Un discours qui s'est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d'être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l'origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s'interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l'Europe. Et si l'enseignement de Dario Mantovani s'intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques.À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l'empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l'enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d'abord en Italie puis dans la majeure partie de l'Europe actuelle, des générations d'étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l'idée de justice et d'État de droit : le droit d'une cité antique devenait ainsi droit commun à l'Occident. Cette chaire s'ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

Jun 5, 2019 • 51min
12 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)
Dario MantovaniDroit, culture et société de la Rome antiqueCollège de FranceAnnée 2018-2019Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romainsObserver Rome au prisme de son droit : c'est l'objectif de l'enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani.Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d'un débat, d'un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s'il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n'est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement.Un discours qui s'est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d'être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l'origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s'interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l'Europe. Et si l'enseignement de Dario Mantovani s'intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques.À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l'empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l'enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d'abord en Italie puis dans la majeure partie de l'Europe actuelle, des générations d'étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l'idée de justice et d'État de droit : le droit d'une cité antique devenait ainsi droit commun à l'Occident. Cette chaire s'ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.

May 29, 2019 • 1h 2min
11 - Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romains)
Dario MantovaniDroit, culture et société de la Rome antiqueCollège de FranceAnnée 2018-2019Usages juridiques du passé (dans la pensée des juristes romainsObserver Rome au prisme de son droit : c'est l'objectif de l'enseignement de « Droit, culture et société », institué pour la première fois au Collège de France et confié à Dario Mantovani.Tout droit constitue une technique pour donner une forme à la société, mais une technique qui à son tour prend sa forme de la société. Cela vaut tout particulièrement pour Rome, où – au-delà de la législation – le rôle des juristes a été fondamental. Personnes privées, légitimées en premier lieu par leurs compétences, ils offraient leur conseil désintéressé à leurs concitoyens, en en retirant du prestige social. Le droit a ainsi évolué sous la forme d'un débat, d'un grand discours collectif, dans lequel chaque juriste pouvait faire entendre sa voix, s'il avait les bons arguments. Une rhétorique sans ruse, guidée par des valeurs communes, dans laquelle le droit n'est pas seulement ordonnancement, mais aussi raisonnement.Un discours qui s'est même transformé en une littérature, dont la beauté vient de sa densité, de la précision du langage, du rythme où résonne le pas solennel des lois. Une littérature capable de susciter le plaisir de la lecture et qui mérite d'être redécouvert, comme le prouve celui-là même qui fut à l'origine du Collège de France, Guillaume Budé : son commentaire au Digeste (en 1508) a été un exemple éminent du prisme que le droit pouvait constituer pour regarder une société et sa culture (et aussi pour s'interroger sur sa propre époque). En effet, le droit romain, après avoir appartenu à Rome, appartint à l'Europe. Et si l'enseignement de Dario Mantovani s'intéresse surtout au moment antique du droit de Rome, il ne perd pas de vue la traversée des époques.À partir du XIe siècle, le Corpus Iuris Civilis, un recueil de textes juridiques romains que l'empereur Justinien avait fait compiler entre 528 et 534 apr. J.-C., a constitué le cœur de l'enseignement universitaire. Attirés par ce rappel intellectuel, tout d'abord en Italie puis dans la majeure partie de l'Europe actuelle, des générations d'étudiants se sont formés à la lecture exigeante et passionnante de ces textes, à la lumière de nécessités et de questions toujours nouvelles. Devenus ensuite avocats, juges ou fonctionnaires, ils portèrent, réélaborèrent et diffusèrent des idées qui ont été fondamentales pour la construction européenne de l'idée de justice et d'État de droit : le droit d'une cité antique devenait ainsi droit commun à l'Occident. Cette chaire s'ouvrira à une intense collaboration transdisciplinaire, pour replacer l'étude du droit romain là où il peut contribuer à éclaircir l'histoire de Rome et de son empire, et la façon dont cette technique a nourri l'imaginaire institutionnel de l'Occident.


