Le Nouvel Esprit Public

Philippe Meyer
undefined
Apr 12, 2020 • 1h 3min

La Chine et ses vérités / Le déconfinement et ses hypothèses / n°136

LA CHINE ET SES VERITES   Selon les chiffres officiels, le Covid-19 a fait 2.567 morts en Chine, dans la capitale de la province de Hubei, épicentre de l’épidémie, soit cinq fois moins qu’en Italie. Un bilan jugé bien en dessous de la réalité selon Radio Free Asia (RFA), qui avance le chiffre de 42 000 morts en se fondant sur des estimations du nombre d’urnes délivrées par les sept crématoriums de la ville. Cette polémique est une bombe à retardement pour le régime, à l’heure où il vante à sa population, et aux chancelleries du monde entier sa gestion « efficace » de l’épidémie, avec la bénédiction de l’Organisation mondiale de la santé. Le décalage entre les chiffres officiels chinois, et le nombre de morts en Europe, notamment en Italie interroge jusque chez les dirigeants occidentaux. Craignant une nouvelle vague d’épidémie, la Chine a annoncé coup sur coup le 26 mars, deux mesures spectaculaires pour bloquer le nombre de cas importés : la forte réduction des vols internationaux dès le 29 mars, et la fermeture « provisoire » de ses frontières aux ressortissants étrangers le 28 mars à minuit.  De Milan à Téhéran, en passant par l'Afrique, les bataillons de blouses blanches chinoises volent au secours des populations menacées par le Covid-19. Quelques semaines après l'explosion de l'épidémie à Wuhan, au cœur de la Chine, la seconde économie mondiale rebondit sur le front sanitaire, devenant pourvoyeuse d'aide dans plus de 80 pays, à grand renfort de propagande. Trois cents personnels médicaux en Italie, un laboratoire de dépistage en Irak, un million de masques envoyés vers la France, ou des kits de tests en direction des Philippines. Sans compter 20 millions de dollars d'aide à l'OMS, et de nouveaux subsides en direction de l'Union africaine. La France a passé commande de près de deux milliards de masques à la Chine, a indiqué le 7 avril le ministre de la Santé Olivier Véran. Des masques qui seront livrés par toute une série de vols d'ici la fin juin, a déclaré le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. A l'Élysée, on tient à souligner la réciprocité qui a existé entre Européens et Chinois, pour rejeter toute idée de sauvetage du Vieux Continent par Pékin. On rappelle qu'à la fin janvier, le gouvernement chinois avait sollicité l'aide de la Commission européenne, qui avait envoyé 56 tonnes de matériel sanitaire, notamment des combinaisons de protection, du désinfectant et des masques chirurgicaux. Aucune publicité n'avait alors été faite sur ce sujet, pour ne pas embarrasser la Chine. La réciproque n'est guère vraie.  Le président chinois, XI Jing Ping a évoqué, lors d'une conversation avec le président du Conseil italien, Giuseppe Conte, le 16 mars, un nouveau concept de son projet d'investissements baptisé les « routes de la soie », en lui adjoignant une épithète : les « routes de la soie de la santé ». Toutefois, au bout de la route de la santé, les Pays-Bas, l'Espagne, la Finlande ou la République tchèque ont mis en cause la qualité de certaines livraisons de matériel médical d'origine chinois.*** LE DÉCONFINEMENT ET SES HYPOTHÈSES   La stabilisation de l'épidémie de covid-19 en Norvège, Autriche, Slovénie, Danemark, Grèce, Portugal et Suisse pousse leurs gouvernements à envisager de sortir par étapes du confinement, parfois dès la semaine prochaine. L'Autriche est le premier pays de l'Union européenne à avoir annoncé, le 6 avril, un calendrier de sortie du confinement : les petits commerces, notamment bricolage et jardinage, ont réouvert le 7 avril, tous les autres magasins ouvriront début mai. Mais le télétravail demeurera la norme jusqu'à fin avril. Les établissements scolaires ne devraient pas rouvrir avant le 15 mai. Le masque, obligatoire depuis le 6 avril dans les supermarchés, le sera aussi dans les transports.   L’Italie envisagerait un déconfinement à partir du 3 mai. La Norvège va rouvrir crèches et écoles le 20 avril et les lycées le 27. Le télétravail reste toutefois recommandé. Le port du masque y est peu pratiqué, comme au Danemark, où crèches et écoles vont rouvrir à partir du 15 avril. Les collégiens et lycéens patienteront jusqu'au 10 mai. Les rassemblements de plus de 10 personnes demeurent interdits et aucune date n'a été communiquée pour la réouverture des bars, restaurants, salons de coiffures, centres commerciaux et discothèques.  Le gouvernement slovène a annoncé qu'il comptait assouplir graduellement les restrictions à partir du 14 avril.  La Suisse a indiqué qu'elle présenterait le 16 avril un plan de « premiers assouplissements », qui entrerait en vigueur avant la fin du mois. Le Portugal et la Grèce envisagent un « retour à la normale en mai », sans autres précisions.  Aucun de ces pays ne compte autoriser prochainement les grands rassemblements et manifestations sportives, cultuelles et culturelles, dont il est avéré qu'elles ont joué un rôle énorme dans la pandémie en Europe mi-février. Ce sera au plus tôt en juillet ou août. Ils n'ont pas non plus annoncé à terme de réouverture des frontières, ou de suspension des mesures de quarantaine lors de l'entrée sur leur territoire.  En France, le Premier ministre, Edouard Philippe a déclaré à l'occasion de la séance des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale le 7 avril : « aujourd'hui, c'est l'heure du confinement, et l'heure du confinement va durer » Interrogé sur les conditions du déconfinement, Edouard Philippe a jugé « très largement prématurée » toute question sur ce sujet, alors qu'il avait lui-même évoqué cette perspective, six jours plus tôt, devant la commission d'information des députés, estimant alors : « probable que nous ne nous acheminions pas vers un déconfinement général et absolu, en une fois et pour tout le monde », mais évoquant « un déconfinement qui serait régionalisé » et « sujet à une politique de tests, en fonction, qui sait, de classes d’âge ». Demain, lundi 13 avril, le Président de la République, Emmanuel Macron s’exprimera sur ce sujet. Chaque semaine, Philippe Meyer anime une conversation d’analyse politique, argumentée et courtoise, sur des thèmes nationaux et internationaux liés à l’actualité. Pour en savoir plus : www.lenouvelespritpublic.frHébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
undefined
Apr 9, 2020 • 15min

Bada # 24 : Les enfants et la Covid-19

Les enfants et le Covid-19Faut-il tout leur dire ? A partir de quel âge ? Comment ne pas leur faire peur ? Comment se mettre à leur niveau ? Comment leur apprendre à distinguer les vraies des fausses nouvelles ? Avec François Dufour, co-fondateur de quotidiens pour enfants et adolescents. Chaque semaine, Philippe Meyer anime une conversation d’analyse politique, argumentée et courtoise, sur des thèmes nationaux et internationaux liés à l’actualité. Pour en savoir plus : www.lenouvelespritpublic.frHébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
undefined
Apr 7, 2020 • 59min

Bada # 23 : Thématique avec Roselyne Bachelot

THÉMATIQUE avec Roselyne BACHELOT :  quel est le rôle de l’État face à une pandémie ? Comment assume-t-il -ou non- ses fonctions ? A quoi sert le principe de précaution et comment devrait-il se traduire en matière sanitaire ? Avec Nicolas Baverez, Jean-Louis Bourlanges, Béatrice Giblin et Lucile Schmid.  Chaque semaine, Philippe Meyer anime une conversation d’analyse politique, argumentée et courtoise, sur des thèmes nationaux et internationaux liés à l’actualité. Pour en savoir plus : www.lenouvelespritpublic.frHébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
undefined
Apr 5, 2020 • 59min

Europe : questions sans réponses / n°135

« Le climat qui semble régner entre les chefs d'État et de gouvernement et le manque de solidarité européenne font courir un danger mortel à l'Union européenne », a estimé Jacques Delors, ancien ministre français de l'Économie, qui a présidé la Commission de 1985 à 1995, au lendemain du sommet par visioconférence du 26 mars. C’est également après ce somment que Président du conseil italien Giuseppe Conte a appelé l'Union européenne « à ne pas commettre d'erreurs tragiques » face au coronavirus, sinon « l'édifice européen tout entier risque de perdre sa raison d'être ».Depuis ce sommet, les divisions entre Européens du Sud et du Nord sont ravivées : tandis que le groupe soutenu par la France et sept autres pays européens (la Grèce, le Portugal, la Slovénie, la Belgique, le Luxembourg et l’Irlande, rejoints depuis par Chypre) plaide pour la création d’un instrument commun de mutualisation des dettes sous forme de « coronabonds », celui qui comprend l'Allemagne, l'Autriche, la Finlande et les Pays-Bas, préfère la piste du Mécanisme Européen de Stabilité (MES), un fonds de sauvetage de la zone euro créé en 2012.Les ministres des finances de la zone euro doivent se réunir le mardi 7 avril, par visioconférence, afin de trouver un terrain d’entente, avant un prochain Conseil des chefs d’Etat et de gouvernement. Chaque semaine, Philippe Meyer anime une conversation d’analyse politique, argumentée et courtoise, sur des thèmes nationaux et internationaux liés à l’actualité. Pour en savoir plus : www.lenouvelespritpublic.frHébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
undefined
Apr 2, 2020 • 23min

Bada # 22 : Richard Werly raconte la France confinée

Philippe Meyer interroge Richard Werly qui, pour son journal, a voyagé de Saint Denis à Marseille en passant par Montargis et Mulhouse pour observer et comprendre la France confinée.  Chaque semaine, Philippe Meyer anime une conversation d’analyse politique, argumentée et courtoise, sur des thèmes nationaux et internationaux liés à l’actualité. Pour en savoir plus : www.lenouvelespritpublic.frHébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
undefined
Mar 29, 2020 • 1h 7min

Confinement quasi général, dépistage quasi exceptionnel / Le virus, la loi, la société / n°134

CONFINEMENT QUASI GENERAL,  DEPISTAGE QUASI EXCEPTIONNEL     En Europe, les autorités ont opté pour des stratégies différentes face à la propagation du coronavirus sur leur territoire, tout en surveillant ce qui se pratique chez le voisin. La Commission européenne a lancé, le 18 mars, un appel d'offres pour le compte de dix-huit États membres afin, notamment, d'acheter en commun des kits de tests. Toutefois, les industriels ont jusqu'à fin mars pour répondre à cet appel et Bruxelles ne décidera que début mai des candidatures retenues. Certains pays ont choisi une politique de confinement qui prend appui sur la diminution des interactions sociales, et donc de la transmission. D’autres ont opté pour une stratégie d’immunité collective qui repose sur l’idée que plus les personnes sont infectées par une maladie, plus elles développent des anticorps contre ce virus, et moins l’épidémie se propage dans la population. La France, la Chine ou l’Italie ont choisi la distanciation sociale. Les Pays-Bas ont fait le choix de l’immunité collective. La Grande Bretagne, après avoir prôné cette solution, a finalement opté pour le confinement.  Le choix du confinement pose la question de son acceptation par la population et celui de sa durée. Il suppose une stratégie définie par l’OMS comme « agressive et ciblée ». L’OMS préconise un dépistage massif, qui permettrait de tester chaque cas suspect, d’isoler chaque cas confirmé et de retrouver puis de placer en quarantaine chacune des personnes avec qui ils ont été en contact proche.   Regardée comme un modèle, la Corée du Sud a pratiqué un grand nombre de tests et s’est servie de la technologie pour localiser les personnes contaminées (même celles avec peu de symptômes). En Europe, l’Espagne, deuxième foyer de contamination en Europe après l'Italie, ne réalise plus le dépistage que sur les malades présentant des symptômes graves, faute de kits disponibles. LaScandinavie réserve le dépistage aux patients acceptés à l'hôpital avec des troubles respiratoires. L’Allemagne a porté à 500.00 le nombre de dépistage hebdomadaire.   En France, face au nombre croissant de cas, les dirigeants s'interrogent sur la possibilité de suivre le modèle allemand de dépistage massif. Mais si le pays dispose d’assez de laboratoires, équipés, il manque de réactifs et d’écouvillons ans matériels fabriqués en Chine et aux États-Unis et pour lesquels la demande excède l’offre.*** LE VIRUS, LA LOI, LA SOCIÉTÉ   Publiée au JO du 24 mars, la loi d’urgence sanitaire pour faire face à l’épidémie de Covid-19 organise le report du second tour des élections municipales, donne un cadre à la notion d’état d’urgence sanitaire, débloque des moyens pour prévenir les faillites, donne aux entreprises la possibilité de déroger au Code du travail, restreint les libertés de déplacement, de réunion (et d’exercice des cultes) et la liberté d’entreprendre.    . « Ce sera un test pour notre démocratie. Nous devons montrer que nous pouvons protéger le peuple des pandémies sans rien renier de nos principes », avait déclaré dimanche dernier au JDD Emmanuel Macron qui, mercredi à Mulhouse, a appelé à « se mobiliser dans l’unité » face aux « facteurs de division ». Patrice Spinosi, avocat à la Cour de Cassation et au Conseil d'État, explique dans un entretien à « l'Obs » : « Les mesures administratives prises (…)par le gouvernement s'appuient notamment sur le Code de la Santé publique, qui habilite le ministre de la Santé à prendre toute mesure proportionnée et appropriée pour répondre à une menace sanitaire grave telle qu'une épidémie »donnant raison à Montesquieu pour qui « Il y a des cas où il faut mettre, pour un moment, un voile sur la liberté comme on cache les statues des dieux. » « Proportionnée » et « appropriée » constituent matière à débat, tout comme la longueur et l’épaisseur du voile. Certains maires vont plus loin en instaurant le couvre-feu dans leur commune. Certains médecins en appellent au Conseil d’État pour imposer un confinement plus strict – voire absolu - à l’ensemble du pays. Des parlementaires d’opposition réclament une commission d’enquête ; ils ont obtenu une mission d’information. Un collectif de 600 médecins soutenu par 240.000 pétitionnaires a saisi la Cour de la République d’une plainte pour mensonge d’État contre Édouard Philippe et Agnès Buzyn. Le Canard enchaîné révèle que les déplacements de certaines personnes ont étéretracés grâce au relevé des positions de leur portable. Le PDG d’Orange assure que ces données ont été anonymisées.    Depuis le maintien du 1er tour des élections municipales, le caractère contradictoire, voire incohérent de plusieurs préconisations gouvernementales ne facilite pas l’adhésion de la population. On s’étonne que le ministre de l’agriculture souhaite, dans un contexte où il n’y a pas de dépistage, que l’on s’affranchisse de l’obligation du confinement pour aller aider les agriculteurs et que la porte-parole du gouvernement ne sache pas que les professeurs travaillent à distance et ne sont donc pas disponibles pour les travaux des champs. On comprend mal quelle sorte de tour de France sera celui sans public le long des routes que préconise la ministre des sports. Enfin, les réseaux sociaux se remplissent d’exemple d’un mode très courtelinesque de vérification des attestations de déplacement dérogatoire par les forces de l’ordre.  Chaque semaine, Philippe Meyer anime une conversation d’analyse politique, argumentée et courtoise, sur des thèmes nationaux et internationaux liés à l’actualité. Pour en savoir plus : www.lenouvelespritpublic.frHébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
undefined
Mar 22, 2020 • 1h 4min

Traitement politique du Coronavirus / D’autres désordres / n°133

TRAITEMENT POLITIQUE DU CORONAVIRUS   Le 17 mars, Agnès Buzyn, l’ancienne ministre de la Santé et candidate de la République En Marche à la Mairie de Paris, confiait au Monde : « Je savais que la vague du tsunami était devant nous. » « Le 30 janvier, j'ai averti [Edouard Philippe que les élections ne pourraient sans doute pas se tenir. » « On aurait dû tout arrêter, c'était une mascarade. » L'opposition réclame des explications : le leader de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon s’indigne de ces « aveux consternants », et réclame que la mission d'information ouverte à l'Assemblée nationale sur le coronavirus s'en saisisse ; le député européen (Les Républicains) François-Xavier Bellamy tweete : « Comment ne pas être révolté ? (…) il ne fallait pas pleurer, il fallait agir ! »  Les propos d’Agnès Buzyn ont obligé le soir même le chef du gouvernement à se défendre d'avoir sous-estimé le danger. « Si nous n'avions pas pris au sérieux cet événement sanitaire, je n'aurais pas organisé une réunion dès le mois de janvier » ni « pris des décisions lourdes », a fait valoir Édouard Philippe. Quant à l'alerte de l’ancienne ministre de la Santé sur la tenue des élections, il convient qu'elle a eu lieu le 30 janvier. Mais précise qu'« à l'époque, beaucoup de médecins n'étaient pas d'accord avec elle ». Le conseil scientifique, nommé le 10 mars pour « éclairer » les choix du gouvernement a rendu public son avis du 12 mars, qui précise le cadre dans lequel il a eu à se prononcer sur un éventuel report des élections : « Cette décision, éminemment politique, ne pouvait lui incomber », expliquent ses membres. Le conseil a simplement précisé qu'« aucun élément scientifique n'indiquait que l'exposition des personnes lors du vote serait plus importante » que si elles allaient « faire leurs courses ». En clair : les scientifiques, loin de valider l'une ou l'autre option, ont simplement rendu un avis technique. La double injonction contradictoire du gouvernement demandant « à toutes les personnes âgées de plus de 70 ans, à celles et ceux qui souffrent de maladies chroniques ou de troubles respiratoires, aux personnes en situation de handicap, de rester autant que possible à leur domicile » et en même temps, qu'elles se rendent aux urnes, a jeté le trouble dans la population et la classe politique. Dimanche, les bureaux de vote se sont avérés plus vides que les rues. Notamment à Paris. Avec un taux d’abstention de 55,25%, soit une baisse de plus de près de 20 points par rapport à 2014, la participation s'est effondrée comme jamais, posant la question de la légitimité des résultats obtenus lors de ce premier tour. La date du second tour des élections municipales, qui devait initialement se dérouler aujourd’hui, dimanche 22 mars, « sera fixée par décret », prévoit un projet de loi d’urgence, qui acte son report « au plus tard au mois de juin 2020 ».*** D’AUTRES DÉSORDRES   En Afghanistan, l'accord signé le 29 février à Doha par les États-Unis et les talibans vise à trouver une fin à dix-huit ans de guerre, au cours de laquelle près de 3.500 membres des troupes américaines et alliées ont été tués et qui a coûté des milliers de milliards de dollars. D’ici la mi-juillet, environ 4.000 hommes auront quitté l'Afghanistan. Les 8.600 restants plieront bagage d'ici avril 2021. Le secrétaire d'État Mike Pompeo a assuré que l'accord bilatéral n'était pas un abandon et précisé : "Nous observerons les talibans de près pour vérifier qu'ils respectent leurs engagements et nous ajusterons le rythme du retrait de nos troupes à leurs actions." Son collègue Mark Esper, secrétaire à la Défense a complété : "Si les talibans n'honorent pas leurs engagements, [...] les États-Unis n'hésiteront pas à annuler l'accord." La principale fragilité de l'accord de Doha est que le gouvernement afghan, même s'il a été tenu au courant des négociations, n'en est pas cosignataire. Le cœur de l'entente est de prévoir un retrait militaire américain en échange d'un arrêt du soutien taliban aux groupes djihadistes internationaux. Pour le reste, Kaboul et les talibans doivent, à partir de maintenant, parvenir à imposer un cessez-le-feu durable, et négocier l'avenir du pays.  Sur le front pétrolier, le 9 mars 2020 les cours du pétrole ont chuté à environ 33 dollars le baril (un niveau inobservé depuis début 2016), soit une baisse de près de 25 % par rapport au vendredi 6 mars. À un choc de demande issu de la propagation du coronavirus et des mesures de confinement imposées notamment par la Chine, s'est superposé un choc d'offre issu des conséquences de la décision de l'Arabie saoudite et de la Russie de cesser leur coopération sur le marché, précipitant ainsi l'effondrement des cours et ce, d'autant plus que l'offre était déjà excédentaire sur le marché pétrolier au premier semestre 2020.  En Russie, au nom de la « stabilité », le président russe, Vladimir Poutine, 67 ans, au pouvoir depuis vingt ans, vient de s'aménager la possibilité d'y rester seize ans de plus. Le 10 mars, la Douma, Chambre basse du Parlement de Russie, a adopté à une majorité écrasante (380 voix sur 450), un amendement constitutionnel visant à autoriser le chef de l'État à solliciter deux nouveaux mandats à l'issue de son mandat en cours, qui prend fin en 2024. Cette réforme doit encore être validée par la Cour constitutionnelle, puis par les électeurs, appelés à se prononcer lors d'un « vote populaire » le 22 avril A Pékin, enfin, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a laissé entendre le 12 mars sur Twitter que l'armée américaine aurait introduit le virus à Wuhan, où la plupart des scientifiques s'accordent à dire que l'épidémie a commencé en décembre. Chaque semaine, Philippe Meyer anime une conversation d’analyse politique, argumentée et courtoise, sur des thèmes nationaux et internationaux liés à l’actualité. Pour en savoir plus : www.lenouvelespritpublic.frHébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
undefined
Mar 15, 2020 • 7min

Coronavirus, in abstentia / n°132

De l’apparition d’un virus inconnu en Chine à un « Lundi noir » qui a vu les marchés chuter comme jamais depuis fin 2008 : en deux mois, l’épidémie de Covid-19 a mis l’économie mondiale à rude épreuve. L’un des chocs les plus durs vient du pétrole dont les cours ont frôlé lundi les 30 dollars le baril. Le même jour, les marchés boursiers se sont effondrés. Le CAC 40 a perdu 23% en une semaine. Une situation qui pourrait faire perdre au monde jusqu’à 2000 milliards de dollars, selon l’ONU. L’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) a revu à la baisse de 2,9% à 2,4% ses prévisions de croissance mondiale pour 2020. La zone euro est seulement créditée de 0,8% avec une Italie en stagnation. Aux États-Unis, Donald Trump a proposé mardi un vaste plan de relance de 700 milliards de dollars, après avoir tenté de minimiser, à plusieurs reprises, l’impact du coronavirus sur l’économie américaine. Jeudi, il a mis en cause l’Europe, une institution qui, à ses yeux, a « échoué » face au virus et annoncé la fermeture des États-Unis aux voyageurs en provenance de l’espace Schengen, précisant toutefois que cette mesure ne visait pas le Royaume-Uni. En Europe, les Vingt-Sept tentent de coordonner leurs réponses budgétaires. La santé ne relevant pas des compétences de l’Union, la Commission n’a reçu que mardi un mandat spécifique de coordination, permettant à sa présidente, Ursula von der Leyen, d’annoncer que l’Union européenne allait créer un fonds de 25 milliards d’euros destiné aux systèmes de santé, aux PME et au marché du travail. En Italie, le gouvernement a débloqué 25 milliards d’euros et demande à l’Europe davantage de solidarité. En attendant, c’est de Pékin qu’il a reçu des livraisons de matériel sanitaire. Pour sa part, la chancelière Angela Merkel s’est dit prête à revenir sur la sacro-sainte règle du zéro déficit public pour faire face à l’épidémie. Épidémie devenue mercredi pandémie, selon l’Organisation mondiale de la santé.  En France, Bercy évoque un coût « de plusieurs dixièmes de points » de croissance en 2020. Le Président Macron se prépare à une crise longue qui va mobiliser l’ensemble des moyens de l’Etat. Lors de son allocution de jeudi, il a annoncé notamment le maintien des élections municipales, la fermeture de tous les établissements scolaires et décliné une série de mesures en faveur des entreprises et des salariés, assurant « nous ne laisserons pas une crise économique et financière se propager […] nous réagirons fort et vite, quoiqu’il en coûte ». Chaque semaine, Philippe Meyer anime une conversation d’analyse politique, argumentée et courtoise, sur des thèmes nationaux et internationaux liés à l’actualité. Pour en savoir plus : www.lenouvelespritpublic.frHébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
undefined
Mar 11, 2020 • 28min

Bada #21: Les Syriens entre le marteau et l'enclume / 49:3 : la fièvre monte

Les questions du public, enregistrées à l’Ecole alsacienne le 8 mars 2020, avec Philippe Meyer, Jean-Louis Bourlanges, Matthias Fekl, Béatrice Giblin et Lionel Zinsou. Chaque semaine, Philippe Meyer anime une conversation d’analyse politique, argumentée et courtoise, sur des thèmes nationaux et internationaux liés à l’actualité. Pour en savoir plus : www.lenouvelespritpublic.frHébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.
undefined
Mar 8, 2020 • 1h 6min

Les Syriens entre le marteau et l'enclume / 49:3: la fièvre monte / n°131

LES SYRIENS ENTRE LE MARTEAU ET L’ENCLUME    Le 27 février, des bombes russes ont tué au moins 33 soldats turcs à Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, marquant une escalade dans les combats qui opposent depuis 2016 la rébellion syrienne soutenue par la Turquie aux forces loyalistes de Bachar Al-Assad appuyées par l’aviation russe.  Le président turc Recep Tayyip Erdogan s’est tourné vers ses alliés occidentaux, alternant appels à l’aide et menaces. Le Conseil de l’Alliance atlantique s’est contenté d’exprimer « ses sincères condoléances » à la Turquie et les alliés ont critiqué le cavalier seul d’Ankara et son offensive en Syrie. L’Otan avait été mise devant le fait accompli lorsqu’Ankara avait visé les milices kurdes en Syrie, celles qui ont combattu avec les Occidentaux les groupes jihadistes au Levant. En annonçant, le 27 février, l’ouverture de sa frontière occidentale avec la Grèce, Ankara a non seulement donné implicitement le signal de la ruée vers l’Europe aux 3,6 millions de réfugiés du conflit syrien déjà présents en Turquie, mais brandi la menace d’en faire éventuellement de même pour les 900 000 personnes qui, fuyant Idlib, se massent aux abords de la frontière turque. Un exode que l’ONU qualifie de plus grand drame humanitaire du moment. ​Ces menaces n’ont pas abouti à ranger l’Union Européenne aux côtés de la Turquie dans son affrontement avec la Russie, et l’installation à Idlib d’une division mécanisée turque n’a pas fait plier Vladimir Poutine. Les deux présidents se sont rencontrés à Moscou et ont, selon les termes de Vladimir Poutine, pris des décisions conjointes qui devraient aider à mettre un terme aux combats, tandis que Recep Tayyip Erdogan affirmait que son pays riposterait «de toutes ses forces » à toute attaque du régime syrien.  En 2016 la Turquie s’était engagée à héberger les réfugiés en échange d’une aide européenne de six milliards d’euros (dont un peu plus de la moitié a été versée). La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est rendue le 3 mars en Grèce à la frontière terrestre avec la Turquie. Elle promet 700 millions d’euros à Athènes pour que la Grèce maîtrise ses frontières. Le  haut représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Josep Borell a promis à Ankara une aide d’urgence de 170 millions d’euros pour faire face à la situation humanitaire. Les dirigeants russe et turc sont convenus de mettre en place un « corridorde sécurité » de six kilomètres de part et d’autre de l’axe stratégique traversant la région d’Idlib, et de mener à partir du 15 mars des patrouilles conjointes. Russes et Turcs ont aussi assuré qu’ils feraient en sorte que l’aide humanitaire parvienne aux personnes déplacées.***49.3, LA FIÈVRE MONTE  Samedi 29 février au soir, le Premier ministre Edouard Philippe a annoncé à l’Assemblée nationale qu’il recourrait à l’article 49.3 pour adopter la réforme des retraites. Une décision formellement actée le matin à l’occasion d’un Conseil des ministres convoqué sur le coronavirus. Gauche et droite ont dénoncéce recours au 49.3 : « Coup de force du gouvernement » pour le communiste Fabien Roussel, « pulsions totalitaires » d’Emmanuel Macron pour le chef des Insoumis Jean-Luc Mélenchon, « pire des solutions », pour l’Ecologiste Yannick Jadot, « cynisme le plus total » pour le patron des députés Les Républicains Damien Abad. L’opposition a déposé deux motions de censure, la première par Les Républicains, la seconde par le Parti socialiste, le Parti communiste et La France insoumise. Motions rejetées dans la nuit de mardi à mercredi. A peine le recours au 49.3 annoncé samedi soir, des rassemblements militants se sont organisés, à Paris devant le Palais Bourbon, et dans plusieurs grandes villes de province. En signe de protestation deux députés macronistesont claqué la porte et un sénateur a également annoncé qu’il abandonnait La République en Marche. Les syndicats opposant à la réforme ont appelé à de nouvellesmobilisations. Mardi quelques milliers de personnes ont défilé à Paris (20 000 selon les syndicats) contre le gouvernement, comme à Lille, Rennes, Marseille, Bordeaux ou Dijon. Pour le constitutionnaliste Dominique Rousseau, le 49.3 « ne tue pas le débat, mais l’obstruction » : 41 000 amendements ont été déposés, en grande partie par La France insoumise. Après 115 heures d’une discussion quasiment non-stop jour et nuit, les députés étaient seulement parvenus à la lecture de l’article 8 du projet de loi qui en compte 65. Plus de 29 000 amendements restaient à examiner. Depuis 1958, l’article 49.3 de la Constitution a été utilisé 89 fois : 56 fois par la gauche, 32 fois par la droite et une fois sous Emmanuel Macron. Avec un record de 28 recours par Michel Rocard. Plusieurs textes symboliques comme l’arme nucléaire, la CSG, la loi Savary ont ainsi été adoptés. Le projet de loi sera présenté dans les prochaines semaines au Sénat, où des débats auront lieu puisque le 49.3 n’y est pas applicable. Il reviendra à l’Assemblée en seconde lecture. Le gouvernement aura alors le choix de laisser les députés débattre ou, une nouvelle fois, de passer en force. A l’issue, le textesera transmis au Conseil constitutionnel. Chaque semaine, Philippe Meyer anime une conversation d’analyse politique, argumentée et courtoise, sur des thèmes nationaux et internationaux liés à l’actualité. Pour en savoir plus : www.lenouvelespritpublic.frHébergé par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

The AI-powered Podcast Player

Save insights by tapping your headphones, chat with episodes, discover the best highlights - and more!
App store bannerPlay store banner
Get the app