
lundisoir Cybernétique et techniques de gouvernement - Ivan Bouchardeau
Cybernétique Comme Lutte Contre L'Entropie
- La boucle de rétroaction et l'information deviennent pour Wiener le cœur de la vie: lutter contre l'entropie par traitement de l'information.
- Il traduit la thermodynamique en cosmologie cybernétique où l'information est «entropie négative».
Shannon Quantifie L'Ordre Informationnel
- La quantification de l'ordre passe par la théorie mathématique de la communication de Claude Shannon et sa formule d'entropie.
- Shannon mesure la quantité d'information transmise par une source et formalise bruit, canal, émetteur et récepteur.
Heidegger Et L'Oubli De L'Être
- Heidegger voit la cybernétique comme l'aboutissement de l'oubli de l'être: la logique formalisée devient logistique et se mue en contrôle.
- Bouchardeau résume la critique heideggerienne: le formalisme finit par occulter l'être et l'expérience vécue.















En 1966, à la question « Qu’est-ce qui prend la place de la philosophie aujourd’hui ? », Heidegger répondit : « La cybernétique. »
Aujourd’hui nous invitons Ivan Bouchardeau, docteur en philosophie et enseignant à l’Université de Toulouse, pour son livre États d’esprit. Cybernétique et techniques de gouvernement (Champ Vallon). Son travail aborde frontalement la question à laquelle Heidegger répond à la volée. Il se confronte au difficile problème de la définition de la "cybernétique", cette science du contrôle et de la communication, cette "utopie de l’information", ou encore, étymologiquement, cette science du gouvernement (kubernétès, en grec : gouvernail).
Dans son livre, Ivan Bouchardeau ne prend pas la cybernétique à la lettre, mais il la prend au sérieux, à la fois comme discours mythique dans les modalités de la science moderne opposant le chaos de l’entropie à l’ordre de l’information, et comme aboutissement de traditions pluriséculaires : pour les uns (Heidegger), la cybernétique venait se substituer à la philosophie en réalisant le Logos grec ; pour d’autres (Musso), elle était l’ultime incarnation de l’esprit depuis que l’idéologie chrétienne d’un dieu fait chair se serait répandu en occident. Pour d’autres encore, la cybernétique était le développement logique, nécessaire, et annoncé par Marx de la division sociale du travail en division cognitive du travail, et de la réification du capital en tant que technologie de la productivité mentale.
On y découvre (ou re-découvre) que la cybernétique ne fut pas qu’une tentative de science ou de mythification et de relance de la modernité après deux guerres mondiales, mais aussi un paradigme de gouvernement, une manière de faire tenir ensemble spontanéité contrôlée et planification douce, voire insensible. Ce paradigme fut mis en oeuvre tant par des socialistes, comme Allende au Chili avec le projet Cybersyn, que par les néo-libéraux qui y virent une méthode pour réaliser la main invisible du marché. Un ouvrage très riche, dont l’un des aspects les plus original est peut-être la mise en évidence du renversement de Heidegger par des apôtres de l’IA qui envisagèrent, il n’y a pas si longtemps, des « IA heideggérienne » dotées de leur être-au-monde.
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