
Propagations Municipales 2026 : la désinfo russe au programme ?
Hervé Letoqueux est PDG de Check First, entreprise finlandaise spécialisée dans la détection des manipulations de l'information, et ancien chef de la division des opérations de Viginum, l'agence gouvernementale française de lutte contre les ingérences numériques étrangères. Dans cet épisode enregistré en public dans le cadre des Rencontres de l'innovation éditoriale de Samsa, il décortique les mécanismes concrets des campagnes de désinformation russes à l'approche des élections municipales françaises — et déplace progressivement le regard vers une menace plus diffuse, et peut-être plus difficile à circonscrire.
Comment documente-t-on une opération d'influence sans pour autant la surestimer ? À quel moment le fact-checking amplifie-t-il ce qu'il prétend désamorcer ? Et si la menace informationnelle la plus sérieuse n'était plus celle qu'on traque depuis Moscou, mais celle qui opère au grand jour depuis Washington ou via les algorithmes de plateformes structurellement indifférentes à la vérité ?
Au programme :
- Mode Opératoire Informationnel (MOI) : une couche d'abstraction permettant de caractériser des campagnes sans procéder à une attribution formelle, un impératif juridique et diplomatique que Viginum a contribué à standardiser à l'échelle européenne
- Storm 1516 : l'anatomie d'une campagne sophistiquée, de la planification des narratifs à la diffusion par deepfakes, en passant par le recrutement d'acteurs et l'utilisation de faux médias régionaux, vraisemblablement piloté sous l'égide du renseignement militaire russe (GRU)
- CopyCop et John Mark Dugan : le blanchiment informationnel à l'œuvre, avec plus de 140 sites de presse locale fictifs prépositionnés en France avant les municipales, conçus pour injecter des narratifs pro-russes au milieu de contenus anodins
- L'économie des plateformes comme terrain favorable : des clusters de chaînes TikTok qui diffusent de la désinformation non par idéologie, mais par logique de monétisation — et qui peuvent être activés par des contenus polarisants suffisamment cliquables
- Le dilemme du fact-checking : contextualiser une fausse information dans une campagne identifiée est plus efficace que de simplement la débunker, au risque sinon d'amplifier le narratif adverse sans en révéler l'origine
- La menace qui change de forme : si les MOI russes sont aujourd'hui relativement bien détectés et cartographiés, c'est la désinformation ouverte (un tweet d'Elon Musk soutenant un parti lors des législatives allemandes) qui échappe aux dispositifs de réponse existants
- Le financement comme maillon faible de la résilience démocratique : l'arrêt des subventions USAID a fragilisé un écosystème d'ONG difficilement remplaçable, dans un contexte où les financements européens restent majoritairement ponctuels et d'accès complexe
Ce que vous pourrez entendre :
"Le grand danger, c'est lorsqu'un homme politique occidental reprend ce narratif et le diffuse sur ses réseaux sociaux. Là, on va toucher une population beaucoup plus large. Et ça, c'est déjà arrivé."
"Quand Musk fait un tweet où il promeut un parti politique particulier avec le taux d'engagement qu'il a, ça, c'est de la menace. C'est une menace beaucoup plus ouverte, beaucoup plus franche, et qu'on a du mal aujourd'hui à traiter, à circonscrire."
Un podcast proposé & produit par Opsci.ai
Production : Justin Poncet
Animation : Guillaume Ledit
Réalisation : Romane Mugnier
Graphisme : Gautier Gevrey
Générique : Martin Commandeur
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